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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Un grand classique du disque, qui demeure une référence passionnante,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Saint-Saëns : Symphonie n°3 "Avec Orgue" - Danse Macabre - Bacchanale - Le Déluge (CD)
Chef-d'œuvre orchestral de Saint-Saëns, la 3e symphonie « avec orgue » a tendance à éclipser le reste de la production du compositeur français, pourtant passionnante et variée : quatre autres symphonies notamment, et de nombreux concertos pour piano, violon, violoncelle... Mais il est vrai que, même en connaissant bien Saint-Saëns et son œuvre, on revient bien souvent à la 3e symphonie, qui mérite décidément d'être considérée comme un produit majeur de l'école française, et ne doit qu'à sa difficile réalisation dans des conditions idéales de ne pas être jouée plus souvent (les grandes salles dotées d'un orgue comme à Berlin ou à Boston permettent en revanche de l'entendre assez souvent).Il n'est donc pas étonnant que la discographie de cette même symphonie soit particulièrement fournie, au regard de celle famélique consacrée aux quatre autres pour lesquelles la solution la plus recommandable demeure l'intégrale intelligente de Jean Martinon avec l'orchestre national de l'ORTF. Deutsche Grammophon n'eut pendant longtemps pas d'enregistrement majeur de cette symphonie à son catalogue, là où les producteurs américains avaient déjà à chacun sa 3e de Saint-Saëns : aussi Eugene Ormandy avait-il déjà dirigé deux fois l'orchestre de Philadelphie pour soutenir les deux meilleurs ennemis de l'orgue à l'époque, Virgil Fox pour RCA Victor et E. Power Biggs pour Columbia. Et du côté des interprètes français, Paul Paray et Marcel Dupré avec Detroit faisaient concurrence à Charles Munch et Boston, l'organiste local Berj Zamkochian était mis à contribution. Pour la firme allemande, il fallait donc déployer les grands moyens : c'est pourquoi le choix se porta sur le Chicago Symphony Orchestra, habitué à la partition sous la direction musicale du cher Jean Martinon, la direction étant confiée à une baguette montante, le pianiste Daniel Barenboïm. Le tout fut mis en boîte en 1976, avec une petite prouesse technique supplémentaire, inhabituelle pour l'époque. En effet, pour frapper les esprits, DG choisit pour assurer la partie d'orgue d'enregistrer les Grandes Orgues de Notre-Dame de Paris, avec Gaston Litaize et non le titulaire Pierre Cochereau aux claviers (probablement pour des raisons contractuelles). Litaize enregistra donc sa partie après coup, en écoutant la bande captée aux États-Unis pour se synchroniser. Un détail qui passe totalement inaperçu (et n'est d'ailleurs pas si rare dans la discographie), mais demanda tout de même un accord complet de l'orgue en fonction de l'orchestre, soit plusieurs semaines de préparation (pas sûr que déplacer l'orchestre n'aurait pas été plus économique)... Le résultat est un enregistrement techniquement sans faille, saisissant, avec un impact orchestral puissant, une maîtrise totale, une vision architecturée et investie. Elle pourrait cependant être plus habitée, plus frémissante, plus mystérieuse, des propriétés que l'on retrouve chez des musiciens plus fidèles à l'esprit français de l'œuvre, en particulier chez Munch. L'esprit est ici un peu trop peut-être celui d'un « showpiece » orchestral, un exercice de démonstration plus qu'une œuvre artistiquement significative. Mais l'enregistrement Barenboïm-Chicago-Litaize n'en reste pas moins un élément réellement valable dans la discographie, et l'un des mieux enregistré. Malgré le succès de cette version, DG ne se montra pas réellement satisfait et renouvela l'expérience dès que Karajan en montra la velléité, avec Berlin et Cochereau cette fois, toujours en « re-recording » synchronisé à Notre-Dame-de-Paris. La cathédrale sonore construite par Karajan, surtout dans le remastering de l'édition Gold, transfigure la partition et établit une autre forme de référence après les Paray et Munch de l'aube de la stéréo. Les compléments (Danse Macabre, Bacchanale, Le Déluge) confirment globalement l'impression que l'enregistrement cherche plus la démonstration technique que la mise en avant d'un compositeur à l'époque réellement méconnu. Près de quarante ans plus tard, à la réécoute, il est extrêmement difficile de bouder son plaisir : comment ne pas se laisser emporter ? Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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