La pièce de Wilde s'inspire de l'épisode biblique de Salomé. Hérode, gouverneur de Judée, vit avec la femme de son frère, Hérodiade. Cette union illégitime est dénoncée par le prophète Jean Baptiste (Iokanaan dans la pièce) qui s'attire la haine d'Hérodiade. Pour une danse de Salomé - la fille d'Hérodiade - Hérode par pulsion promet follement la moitié de son royaume. Celle-ci réclamera la tête de Jean baptiste.
Le texte de Wilde, d'une rare puissance, nous révèle ces 3 caractères. Hérode est l'homme perverti, qui se consume en courant insatiablement après les plaisirs de la vie. Il entraine dans sa chute des femmes comme Salomé, qui regardée uniquement comme des objets de séduction, ont fini par perdre leur pureté originelle. Ils sont tous deux attirés par Iokanaan, qui se tient sans une tache, incorruptible, mais ne peuvent le rejoindre.
Salomé est subjuguée par sa pureté et sa grandeur, mais toute abimée qu'elle est, ne peut l'approcher que par la dimension du corps (elle attirée par la blancheur de son corps, le rouge de ses lèvres). Iokanaan la repousse : ce qui est pur ne supporte pas ce qui est souillé. Comme une furie, blessée mortellement d'amour, elle finira par réclamer la tête de Iokanaan et embrassera sa tête tranchée.
Pas un mot, pas un décor n'est laissé au hasard dans ce texte saisissant, dont le thème ne semble pas si éloigné de celui de la Genèse où Adam et Eve sont chassés du jardin d'Eden.
Il exprime l'hystérie et la douleur pathétique de l'homme et de la femme déchus qui aspirent à retrouver, sans le pouvoir, leur véritable dimension et beauté incarnées par le géant Iokanaan.
A noter l'opéra de Richard Strauss "Salomé" basé sur ce texte, hallucinant également.