Après le départ de Balac (alias Yann, génial constructeur d'intrigues et dialoguiste du niveau de Goscinny, voir « Le Chien des cisterciens », « La lune noire », « Aventure en jaune »), la série Sambre a perdu beaucoup de son intérêt à mes yeux. Les personnages se sont mis à parler tous de la même façon et un lyrisme de pacotille a envahi l'ensemble des dialogues. L'ironie et la psychologie ne font plus que de très rares apparitions dans le récit. Dans ce dernier volume, une erreur supplémentaire a été commise : les textes ont sans doute été inscrits dans les bulles et les encadrés au moyen d'une police de caractères réalisée à partir de lettres manuscrites, mais leur tracé provoque exactement la même impression d'uniformité que si elles étaient tapées à la machine. Visuellement, ce lettrage est hétérogène au trait des dessins.
Yslaire me déçoit depuis des années, pourtant je suis conscient que c'est un dessinateur de très grand talent, et son témoignage est passionnant à lire lorsqu'il s'exprime librement sur son art, dans un livre d'entretiens avec Jean-Luc Cambier et Éric Verhoest paru au même moment, La légende des Sambre. Yslaire devrait travailler avec un scénariste, et tenter, par exemple, de nous offrir la fin de sa première série, Bidouille et Violette.