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4.0 étoiles sur 5
Scandaleux et ténébreux, 7 juillet 2009
"Sanctuaire", c'est l'histoire de différents parcours "manqués", ou la lente descente aux Enfers de personnage cultivant l'art du "presque"...
Après un accident de voiture, Temple et Gowan, jeunes étudiants, pas vraiment en couple, et presque bien sous tous rapports, cherchent de l'aide au près d'une maison isolée, qui se révèle être le repère d'un groupe de trafiquants d'alcool.
Seule femme au milieu d'hommes plus ou moins dangereux, dont Goodwin, son mari, amoureux mais presque infidèle, Ruby tente vainement de faire comprendre à Temple les dangers qu'elle encourt au milieu de tous ces personnages rustres, sans que celle-ci ne comprenne les risques et les violences que déchaînent peu à peu ses minauderies.
Alors que l'un d'entre eux, Tommy, est tué, Temple est enlevée par Poppeye, et commence alors pour elle le début d'une nouvelle vie. Victime d'un viol "raté", elle suivra son ravisseur, presque volontairement, de villes en villes, jusque dans une maison de passe, et finira par embrasser bon gré mal gré le visage de ce nouveau personnage qu'elle est devenue, en s'énamourant d'un autre malfrat.
Alors que Poppeye est arrêté et pendu, pour un crime que paradoxalement cette fois-ci il n'a pas commis, nous comprenons "Sanctuaire" comme définitivement le portrait d'une société en mouvement, sous ses allures figées et arides.
Si par exemple les Noirs sont toujours désignés comme les accusés idéaux d'un état corrompu, le couple que Goodwin, emprisonné à tort pour le crime de Tommy, forme avec Ruby, n'en est pas moins l'un des plus forts.
Et Ruby, l'ancienne prostituée, qui rudoie les manières polies et policées de Temple, s'avère être finalement un personnage infiniment plus fort et poétique que celui de la jeune fille.
Si aucun de ces personnages, ni aucune de ces situations, n'est pleinement entière, "Sanctuaire" n'en est pas moins un roman fort et étouffant, qui soulève une nouvelle fois le rideau des moeurs de ces états sudistes conservateurs, et cela sans aucune concession.
"Sanctuaire" n'est pas le roman de la pureté, ou de la sainteté, mais plutôt son linceul. Cette affirmation, en rien nihiliste, est celle d'une force réaliste et lucide, seulement jamais là où on l'attend, au sein d'une société pesante et asphyxiée.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Particulier, 27 février 2012
Voici un des romans piliers qui façonneront l'oeuvre de Faulkner, rédigé en plein crash économique, avec un thème qui a été censuré : une jeune fille de bonne famille se fait séquestrer par une petite "trap" impuissante et violer avec un épis de maïs. Elle enverra un innocent au procès et au lynchage. Échec total de la loi. Corruption de l'innocence, terreau du Mal. L'écriture de Faulkner reste opaque et les personnages flous comme dans du coton, ils n'occupent jamais réellement le devant de la scène et leur mort ne donne aucune dimension à leur existence. Les évènements sont mélangés, il y a un effort attendu de la part du lecteur, l'auteur semble découvrir en même temps que lui les horreurs de son récit. Temple, la victime, n'en est pas vraiment une, sorte d'Emma Bovary du Sud des Etats-unis, le superficiel et aucune morale. Le roman se clôt dans un jardin du Luxembourg lugubre, veille de guerre mondiale,Temple le nez dans son miroir, accompagnée de son père, loin du scandale, elle contemple la peinture des apparences qui ne s'est pas (encore) fissurée, la mort est dans le miroir. Sanctuaire c'est le triomphe absolu du Mal. Quand Faulkner plongeait les hommes dans leur condition sans issue et les y laissait. Il faudra toute une oeuvre et un prix Nobel pour l'entendre dire "Je veux croire en l'homme".
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18 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Baba..., 2 décembre 2003
Je viens de le terminer... J'en suis baba! Faulkner, c'est avant tout des ambiances, des atmosphères plus que des histoires.
On vit pendant 300 pages dans un perpétuel climat du rejet, de l'exlusion, on se sent presque mal à l'aise d'être là, avec eux...
Fascination attractive et répulsive.Presque indescriptible car le lien qui unit les personnages de l'histoire (et par analogie le lecteur aux personnages) est un lien quasi animal.
La civilisation poli(ss)/(c)ée n'a plus sa place. On s'y sent mal, un vrai bonheur! Aporie?
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