Moins connue que La Chauve-Souris, Une nuit à Venise n'en demeure pas moins un ouvrage lyrique dans la plus stricte veine viennoise : sur fond de valses qui font tourner les têtes se multiplient les clins d'il habituel de Strauss à la Venise du XVIIIe siècle. Comme à son habitude, le compositeur ne s'embarrasse guère d'un fatras de considérations historiques : pour lui, l'univers vénitien de cette époque-là vaut bien d'être confondu avec la Vienne de la fin du XIXe siècle. Cela pétille, cela virevolte, et les personnages n'en finissent pas d'afficher leur outrancière légèreté d'âme. Pour servir cet opéra, la fine fleur du chant straussien de l'immédiate après-guerre se laisse guider par la baguette experte d'Ackermann : Elisabeth Schwarzkopf est à son sommet, Nicolai Gedda truculent à loisir. --Pierre Guillaume