SCENES DE CRIMES est le premier film réalisé par Frédéric Schoendoerffer, en 2000. C'est un excellent film, qui mine de rien fait date. Le genre policier, dans le cinéma français était en panne depuis un bon moment, depuis que Delon ou Bébel avaient rangé leurs flingues, et que Corneau tournait des couchers de soleil en Inde. Schoendoerffer renoue donc avec la tradition du film policier classique, des flics, des morts, une enquête. Nous ne sommes pas dans le registre du Film Noir, ou du thriller, mais dans l'investigation pure. En plus, le réalisateur s'attache à décrire quasi cliniquement le mode de recherche scientifique. Là encore, c'est une nouveauté. La série « Les Experts » n'était pas encore diffusée en France, et on reste bluffé par cette scène de recherche de sang, à la lumière noire, dans un pavillon en construction. La traque d'un tueur en série était aussi inédite à l'époque.
Autre qualité du film, sa mise en scène, froide et descriptive, où chaque témoignage, découverte, indice, mène à la scène suivante. Schoendoerffer utilise les ellipses de temps. Pas de scènes superflues, ni de dialogues narratifs. Juste l'essentiel. Une qualité rare... Une simple plaque d'immatriculation permet au spectateur de comprendre que l'enquêteur est à Montpellier. Même traitement économique dans la description des personnages. L'enquêteur joué par Dussollier descend un matin dans sa cuisine, embrasse sa fille, mais pas sa femme, qui ne le regarde même pas. Tout est dit. Le plan suivant, Dussollier est accoudé au zinc d'un bar, et s'envoie, à 8 heures du mat, ce qui semble être une eau de vie de fruit. Là encore, pas de traitement psychologique lourdingue. Un plan = une information.
Le personnage joué par Charles Berling est plus ambigu. Il semble être perturbé par son enquête. On le voit regarder des photos de jeunes filles disparues, et vraisemblablement tuées, et le plan suivant, il culbute violemment sa femme alors enceinte jusqu'aux dents. Un télescopage d'images troublant, comme sa tentative de séduire une actrice porno blonde platine (comme les victimes). A Montpellier, il interroge une pharmacienne, mais semble s'intéresser davantage à ses jambes qu'à ses réponses. Le soir, il ramène une prostituée dans sa chambre d'hôtel, et c'est le moment que choisit sa femme pour l'appeler au téléphone. Malaise.
SCENES DE CRIMES vaut aussi bien sûr pour la qualité de ses interprètes, jusqu'aux moindres seconds rôles. Malgré son aspect distant, froid, l'intrigue est prenante, et on s'inquiète autant pour les victimes que pour les enquêteurs. D'ailleurs Schoendoerffer n'hésite à « sacrifier » un de ses personnages principaux, coup de tonnerre scénaristique du plus bel effet, sans s'appesantir, car la vie continue, les douleurs s'entassent, les psychoses se creusent. L'épilogue est assez terrifiante, rapide, hors champs, donc plus efficace. Et on reste avec des doutes, des questions, des pourquoi, des comment... Et c'est ce qui fait toute l'originalité de ce premier film parfaitement maîtrisé. Un autre film "de genre" français, réalisé la même année, remportera un beau succès : HARRY UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN. Là encore, une très bonne surprise qui encouragera des vocations.
Frédéric Schoendoerffer réalisera ensuite AGENTS SECRETS dans une veine encore plus glaciale (un peu moins réussie) puis TRUANDS, aux antipodes, avec sa violence plein cadre, lumières criardes et bande son assourdissante.