Ce disque est un des plus fameux enregistrements live de Deep Purple. Les versions des morceaux présentés ici, sont sans doute les plus créatives jamais enregistrées. Musicalement, il est sans doute supérieur à "Made in Japan", ce qui est dire... L'enregistrement arrive après la sortie de "In rock" en 1970, le groupe est déjà célébre, mais pas encore prisonnier du succès planétaire de "Machine Head".
Le concert commence très fort avec une version de 36 minutes de "Wring that neck", instrumental boogie-rock endiablé. Jon Lord et Blackmore y improvisent copieusement, torturant leurs instruments (Lord nous fait le train à vapeur à l'orgue !) et s'amusant avec le public. Puis Lord donne dans la bluette, le classique, et commence un blues, aussitôt suivi par Paice à la batterie, très à l'écoute de son partenaire. Blackmore, lui, nous emerveillera avec un chorus très jazzy, tout en subtilité, rejoint par Paice et Glover, avec de déchaîner les ténèbres et de conclure le morceau. Stupéfiant !
Vient ensuite "Speed King". C'est la meilleure version de ce titre que je connaisse. 10 minutes d'énergie, de virtuosité... Ian Gillan, après les couplets, réclame le silence... On n'entend plus qu'un léger frémissement dans la salle, quand Jon Lord attaque deux notes à l'orgue, reprises par Blackmore, et le dialogue s'instale entre les deux solistes, montant en intensité jusqu'à l'explosion finale. Ian Gillan les rejoint au micro pour le dernier crescendo. On en reste baba !
On entend ensuite une version assez étrange de "Paint it black" des Stones, qui sert de tremplin au solo de batterie de Paice, puis "Into the fire" fidèle à la version studio. Arrive ensuite une version inédite de "Child in time", longue de 17 minutes, avec le classique solo de guitare, mais cette fois complété par un solo d'orgue, puis encore un solo de guitare avant le retour au thème.
Sur "Mandrake Root", (29 minutes) Ian Gillan s'époumonne comme un beau diable, hurlant comme jamais, puis Lord et Blackmore se lancent dans une impro, dont la structure sera reprise pour "Space truckin'" quelques années plus tard. Pour clore le disque, "Black night", leur tube du moment, avec un dialogue guitare / voix, qui sert de répétition à ce que deviendra "Strange kind of woman" plus tard...
Ce dique permet d'entendre Deep Purple en 1970, au meilleur de leur forme, en toute liberté. Encore une fois, on reste sidéré par le talent et la technique individuelle des membres du groupe, mais surtout de cette alchimie, cette écoute entre eux, qui leur permet de partir dans des impros jamais ennuyeuses, avec des morceaux de bravoures toujours passionnants. Précipitez-vous sur ce "Scandinavia nights". Même les connaisseurs les plus avertis seront bluffés par cette puissance, cette énergie, cette inventivité constante. Moins célèbre que "Made in Japan" mais tout aussi essentiel.