L’ équipe de la trilogie berlinoise est réunie sur
Scary Monsters: : Robert Fripp et ses arabesques tortueuses, Tony Visconti au poste de producteur. Bowie a l’intention de faire un disque plus accessible et commercial mais mieux construit que le précédent
Lodger. Scary Monsters s’ouvre sur la 1ère version de
« It’s No Game », choc électrique dominé par les guitares stridentes de Robert Fripp où Bowie hurle littéralement son texte façon « cri primal », doublé par la voix colérique et glaciale de l’actrice Michi Horota.
« It’s no game » est la réécriture d’une vieille composition de Bowie datant de 1970 où il exprime sa révolte et son exaspération face au chaos du quotidien.
« Up The Hill Backwards » commencé sur un riff rock se poursuit par de multiples changements de tempo et de climats. La voix calme de Bowie exprime un désenchantement devant « Le vide créé par l’arrivée de la liberté. Il n’y aurait plus rien à faire pour changer le monde ». La guitare folle de Robert Fripp précipite la catastrophe avec un solo débridé. Malgré son aspect déchiqueté, le morceau ne fléchit jamais et reste l’un des titres les élaborés du disque.
« Scary Monsters » résonne comme un morceau de la trilogie berlinoise comprimé en chanson rock. Les guitares hurlantes, les percussions robotiques et la voix menaçante installent une ambiance paranoïaque et effrayante. David Bowie y décrit le degré de démence auquel une rupture amoureuse peut conduire. Dans le prodigieux
« Ashes To Ashes », 1er single extrait de l’album, qui franchit immédiatement la 1ère place, délogeant Abba (
« The Winner Takes It All »), Bowie rappelle une vieille connaissance « Major Tom » de
« Space Oddity », son 1er hit et tente d’exorciser son passé de junkie : on sent poindre une possibilité de rédemption voire de normalisation. Les synthés envoûtants, le rythme funky et les motifs vocaux de Bowie font de
« Ashes To Ashes » une merveilleuse ballade « new wave » adoptée comme hymne par les « nouveaux romantiques » (Visage, Spandau Ballet).
« Fashion », deuxième single, est une charge très agressive contre les usurpateurs de la mode, qui l’ont vidé de son contenu créatif. Le rythme robotique du début vient souligner leur comportement impersonnel sur fond de disco perverti. De ce morceau funk reggae, la guitare sinueuse de Robert Fripp fit une charge anti-disco contre les habitués des pistes de danse. Dans
« Teenage Wildlife », Bowie s’adresse avec émotion aux nouveaux groupes de la « new wave » biberonnés à sa période glam. Porté par une mélodie grandiose, il lance quelques piques bien senties à ces jeunes prétendants à la gloire qui lui ont tant emprunté entre autres à Gary Numan dont plusieurs hits s’inspirent de la trilogie berlinoise.
« Teenage Wildlife » est à l’image de l’album : un hymne victorieux et implacable avec des solos d’un Robert Fripp impérial. Adaptation de
« I am a laser » des Astronettes, groupe d’Ava Cherry choriste de Bowie en 1975, le très rock
« Scream Lke A Baby » décrit une société moderne où les gens sont torturés pour leurs déviances sexuelles et gavés d’étranges drogues. Dans la reprise de
« Kingdom Come » de Tom Verlaine ex-Television, David Bowie entame un chant plaintif et nerveux très inspiré de l’auteur. Les arrangements futuristes et la rythmique imperturbable en font un des morceaux phares de
Scary Monsters . Dédié à son fils Zowie,
« Because You’re Young » est le titre le plus orthodoxe de l’album. L’orgue colore la chanson d’une teinte assez « pop ». David met en garde Zowie contre les risques de l’amour qui laisse inévitablement «un million de cicatrices ».
Scary Monsters se referme sur
« It’s No Game Part 2 », version désabusée que Bowie chante d’une voix résignée. La révolte laisse place à un dégoût passif. Le groupe est au diapason se contentant de porter la mélodie placidement.
Scary Monsters allie avec panache des sons d’avant garde avec le sens mélodique des plus grands albums de pop music. Pour Tony Visconti, tous les disques suivants de David Bowie doivent être évalués par rapport à
Scary monsters . Bowie mettra plus de quinze ans pour revenir au niveau de ce chef d’œuvre avec
Outside. François Bellion - Copyright 2012 Music Story