La série des "grands chefs du XXe siècle" n'a pas toujours su résoudre l'équation: quelles oeuvres, quel équilibre entre redites et raretés, quelle cohérence. Malgré quelques choix erronés, ce double CD a le mérite de présenter un chef d'orchestre majeur tel qu'en lui-même. Son répertoire était proprement gigantesque (voir les notices des rééditions Tahra) et le pari de montrer en deux heures qui il était ne peut être de toute façon tout à fait gagné. Des erreurs, donc. La place de la musique du XXe siècle est ici certainement trop réduite (qui veut l'entendre dans Orff (!)? Pourquoi la Suite de Schoenberg, œuvre marginale d'un compositeur qu'il a beaucoup défendu, et pas autre chose ? ). Ce n'est certainement pas non plus dans la première de Brahms que l'originalité de son style saute aux oreilles. Au moins tenons nous là une grande Huitième de Beethoven (il en était un interprète particulièrement enthousiasmant, on peut dire unique), et une symphonie Militaire de Haydn meilleure, mieux jouée et mieux enregistrée que celle du coffret DG, sans perruque blanche ni rubans (il ne faut rien dire du finale: ce sera la surprise...). Ces deux enregistrements sont une critique cinglante d'une certaine manière gentille et proprette de faire de la musique. La suite de l'Oiseau de feu le montre plus sage, mais elle est excellente. Dans les meilleurs moments, le conseil d'Alban Berg « jouer les classiques comme des modernes et les modernes comme des classiques » est suivi à la lettre, et avec quel résultat. Hermann Scherchen était infatigable, inclassable, insatiable. Il nous manque, il manque au monde musical.