..., Franz Schmidt (1874-1939) acheva peu avant de mourir son "Livre des sept Sceaux", inspiré par l'Apocalypse de Saint Jean. Fin du monde et avènement d'un ordre nouveau alimentent cette fresque sacrée écrite pour grand orchestre, immense choeur, orgue et six chanteurs.
Un ultime aboutissement de la tradition de la cantate austro germanique qui remontait à Bach. Aussi influencé par le gigantisme des "Gurre-Lieder" d'Arnold Schoenberg ou de la Symphonie n°8 de Gustav Mahler. Dédiée à la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne, l'oeuvre fut présentée dans cette capitale le 15 juin 1938, alors que la nation venait de se voir annexée par l'Anschluss. Malgré la malheureuse récupération politique par le Reich hitlérien, l'oratorio de Schmidt fut défendu par Joseph Krips qui l'introduisit aux Etats-Unis, en 1954 à Cincinnati. En tout cas, il est resté très apprécié en Autriche (comme le montre un flamboyant live dirigé par
Dimitri Mitropoulos le 23 août 1959 au Festival de Salzbourg) ainsi que dans la catholique Allemagne du Sud, d'où nous vient cet enregistrement réalisé en public le 16-17 octobre 1997 à Munich.
Le jeune Franz Welser-Möst ne s'y laissait pas déborder par les vastes effectifs en jeu, ni par la concentration qu'exige cette partition déployée sur presque deux heures. On saluera la lisibilité rythmique que préserve ce chef talentueux dans les emports furieux des Sceaux 2 et 6 ; son remarquable talent coloriste dans le hâve quatrième.
Stig Andersen n'est ni Peter Schreier ni Anton Dermota mais valorise sainement l'héroïsme de son rôle, particulièrement son morceau de bravoure « Im Himmel aber erhob sich ein grosser Streit ».
Les choeurs et orchestre de la Radio bavaroise se situent à la hauteur de l'enjeu et de leur réputation. Ecouter le « und als die grosse Stille im Himmel vorüber war » convaincra de l'exceptionnelle réussite collective que signe cette interprétation.
La prise de son manque un peu d'air et de relief mais se spatialise avec toute l'ampleur souhaitable.