L’Allemagne n’a jamais été avare en matière de rock, depuis la profuse scène du « krautrock » jusqu’à Rammstein ou Guano Apes, en passant par les plus obscurs groupes de musique industrielle ou de metal. Cependant, le pop rock n’est pas un genre dans lequel les Allemands se sont distingués sur la scène internationale, a fortiori avec des paroles dans la langue vernaculaire, communément frappée de l’interdit de « non-musicalité ». Bien sûr, quelques groupes (Einstürzende Neubauten, par exemple, mais surtout Kraftwerk et Rammstein) ont utilisé l’allemand sur la majorité de leurs disques. Cependant, leur succès commercial n’a jamais atteint celui que connaissent les adolescents de Tokio Hotel en Europe dès ce premier album. Sa popularité, le quatuor la doit à un pop rock dans l’air du temps, ni trop aseptisé ni trop agressif, parfaitement calibré pour la FM et les fans d’Avril Lavigne, de Kyo ou de Pink. Les compositions de
Schrei sont principalement influencées par le néo-metal et singulièrement par Linkin Park (
« Ich Bin Nich’ Ich », particulièrement), Limp Bizkit (
« Schrei »), voire Deftones.
« Schrei », premier tube de Tokio Hotel et qui ouvre l’album, est d’ailleurs révélateur, alternant chant dolent et cris, couplet calme et refrain « metal ». On pense aussi parfois à Nirvana ou The Cure dans leur versant le plus pop (un passage de
« Freunde Bleiben » rappelle d’ailleurs de façon frappante
« Close To Me »), ainsi qu’au pop punk californien. Les chansons de Tokio Hotel ont évidemment quelque chose de très téléphoné et une sensation de « déjà vu » (ou « déjà
entendu ») saisit à chaque chanson. Mais la ferveur juvénile du chanteur, qui n’a pas encore mué et sonne androgyne, est parfois touchante et ne semble pas « sur-jouée » comme il est de rigueur dans le néo-metal américain. Et surtout, l’immédiateté mélodique des chansons est parfois assez convaincante pour que l’air fasse son nid dans la tête et que l’on se prenne à le siffloter (
« Durch den Monsun », notamment). Parmi un public de connaisseurs du rock, Tokio Hotel sera l’objet de sarcasmes : groupe d’adolescents pour adolescentes, machine à fric, rock frelaté. Vrai, sans doute. Mais d’autres ont auparavant subi de semblables commentaires et sarcasmes pour s’imposer aujourd’hui comme des artistes respectés – que l’on pense à Silverchair ou à Vanessa Paradis, par exemple. Sait-on ce que réserve l'avenir de ces gamins ?
Malek Joufraoui - Copyright 2013 Music Story