Après un fabuleux Winterreise, capté lui aussi au Wigmore Hall de Londres, Matthias Goerne et Alfred Brendel nous livrent un concert qui n'est pas moins transcendant.
Le programme (An die ferne Geliebte de Beethoven puis le Schwanengesang de Schubert) est identique à celui de leur très mémorable concert parisien du 5 juin 2001 (auquel j'ai assisté saisi et médusé) et il est extrêmement beau : les six lieder enchaînés de An die ferne Geliebte constituent une introduction délicate et vraiment remarquable à une mélancolie que le Schwanengesang creuse ensuite en deux étapes décisives : les Rellstab-Lieder, d'abord, augmentés de Herbst, qui préparent le naufrage, et les Heine-Lieder, ensuite, qui l'accomplissent et nous plongent dans l'abîme (Die Taubenpost, seul Lied du Schwanengesang composé d'après un poème de Seidl et nettement plus léger de ton est judicieusement donné en bis).
Au fur et à mesure de ce magnifique programme et dans des tempi toujours retenus, Goerne et Brendel, dont l'entente est rigoureusement sans faille (complicité, sobriété, concentration absolue), nous entraînent dans les profondeurs et produisent une émotion qui est sans équivalent. Ecoutez, notamment, le temps comme suspendu et littéralement fantomatique de Der Doppelgänger : a-t-on jamais entendu une telle angoisse, un tel effroi, un tel cri de désespoir ? Ecoutez encore Die Stadt, Am Meer ou In der Ferne et vous serez définitivement emportés.
Cet enregistrement est donc magistral et s'impose à mes yeux tout en haut de la discographie.