Cycle douloureux s'il en est, Winterreise est l'appel d'un homme seul qui exprime sa détresse existentielle au seuil d'une mort que la maladie annonce proche. Ce voyage intérieur emprunte les chemins tortueux, froids et venteux de la vie du compositeur sur lesquels parfois, au détour d'un virage, vient à percer un rayon de soleil bien vite dépassé. Le duo féminin, qui nous accompagne le long de ce parcours, le rend hypnotique et incomparable. Jamais engourdie, la voix ronde et sensuelle de Nathalie Stutzmann donne à chaque mot son poids idéal. Jamais les murmures n'auront eu autant de force et les cris autant de pouvoir. Débordant de sentiments poétiques, les contrastes vocaux sont cautionnés par le piano généreux et très présent d'Inger Södergren qui, en animatrice incomparable, défend la cause de Schubert avec une conviction d'avocat. Bien sûr, cette errance à travers les intempéries de la vie ne s'effectue pas sans dommage pour l'auditeur. Véritable inventaire d'émotions, ces vingt-quatre mélodies sont le prétexte d'une introspection psychanalytique de la pensée de Schubert ; ce disque rendant l'expérience encore plus intense. Quel que soit le nombre de versions déjà présentes dans votre discothèque, celle-ci se révèle être incontournable.