Karl Münchinger livre une lecture sobre et linéaire, qui exploite peu les sinuosités de l'écriture schubertienne.
Les choeurs, grandioses et hiératiques, impressionnent plus qu'ils n'émeuvent. Il manque à leur performance vocale cet instinct dramatique qui donnerait vie à cette musique de scène écrite, ne l'oublions pas, d'après l'action extravagante sortie de la plume d'Helmina von Chézy.
Le tranchant des cordes, la finesse des bois tracent un dessin particulièrement net mais on aurait espéré une plus grande variété d'humeurs sous ce vernis brillant, lissé par une prise de son large et spacieuse.
Quand on a dans l'oreille les Haydn si goûtus et délicieusement timbrés que le chef enregistra vingt ans plus tôt dans les années 1950, on regrettera que la Philharmonie économise ici ses charmes.
Ce n'est donc pas ce disque qui nous offrira la grande version viennoise qu'attend toujours la discographie.
Pour nous consoler, réécoutons Haitink et son orchestre d'Amsterdam (Philips, 1965), qui dominent toujours la lettre et l'esprit de ce chef d'oeuvre romantique.