Schubert n'est pas simple, en quoi je n'apprends rien à personne. Curieusement (ou logiquement?), Schumann pose au moins autant de problèmes, mais très différents (car souvent techniques)- tel ou tel passage va heurter, et durablement gâcher l'ensemble - au concert, la catastrophe guette généralement à l'orée du bois. La problématique de Schubert n'a rien de perturbant en soi. Au concert, chacun peut jouer Schubert comme il l'entend, sans vraiment gêner personne. A l'enregistrement, on dissèque, on s'interroge. Quel Schubert est-il véritablement Schubert? Mais c'est aussi tout l'intérêt de Schubert - son côté énigmatique. A trop reprocher ceci ou cela aux (rares) grands interprètes qui l'ont exploré, on enlève, me semble-t-il, ce quelque chose qui fait la spécificité de Schubert - son caractère incertain, hasardeux. En ce domaine, Lupu me semble parfait dans sa délicatesse très mozartienne, ses silences, ses soupirs, ses lenteurs hésitantes. A l'exact opposé d'un Pollini qui a choisi un discours péremptoire (c'est Pollini), un flux ample et puissant - comme si Schubert jaillissait tout naturellement d'une source beethovenienne. Mais Schubert penche-t-il plutôt côté Mozart, ou Beethoven ? A vous de voir.