Fruits d'un labeur et d'une inspiration fulgurants, trois Quatuors à cordes furent écrits en seulement quelques semaines de l'année 1842 : Schumann s'était ardemment remis à étudier la fugue et le contrepoint, ainsi que les Classiques viennois (Mozart, Haydn).
Après ce magistral coup de génie qui rendait un vibrant hommage au XVIII° Siècle, c'est un genre auquel le compositeur saxon ne revint jamais.
Porté par l'enthousiasme et les encouragements de Mendelssohn, il se consacra aussitôt à l'écriture d'un ardent "Quintette avec piano", qui demeure une de ses oeuvres les plus justement célèbres, ainsi qu'un haut lieu du romantisme musical.
Le poignant « in modo d'una marcia » prolonge l'atmosphère de la marche funèbre de « l'Héroïque » de Beethoven et le finale, porté par un flux typiquement schumannien, s'avère pourtant un clin d'oeil à Mozart : le thème principal est dérivé de la « marche turque » (Sonate K. 331), et les fugatos rappellent le contrepoint de l'ultime symphonie "Jupiter".
De ce Quintette, l'abondante discographie est selon moi dominée par le souvenir de Demus/Barylli (Westminster, 1956), Serkin/Budapest (Sony, 1963) et Rösel/Gewandhaus (Berlin Classics, 1983).
L'interprétation extraordinairement fine que nous entendons ici me semble caractérisée par son extrême concentration, comme si elle voulait sonder et restituer les plus infimes secrets qui se cachent dans cette oeuvre, interrogée par la subtile intelligence du clavier de Christian Zacharias.
Davantage introvertie qu'expressive, cette conception un brin sévère tempère tout débordement (le zèle du finale n'est-il pas un peu trop assagi ?) et révèle une humeur résignée qu'il faut aussi connaître pour saisir la complexité de l'univers schumannien et la diversité d'approche que celui-ci suggère.
Le mérite de ce double-album est aussi d'offrir une perspective cohérente sur les quatre oeuvres, stylistiquement unifiées par l'acuité de perception du Cherubini Quartett. Sans tomber dans le sentimentalisme ou l'expressionnisme qui pourrait compromettre l'équilibre formel de ces pages, les quatre archets allemands s'y projettent avec une éloquence modérée et néanmoins sensible.
L'acoustique de la Doopsgezinde Gemeente Kerk où fut enregistré le Quatuor n°1 me semble plus généreuse et offre un meilleur épanouissement sonore aux instruments que celle du Landgasthof de Riehen, sans que cette transparence ne laisse rien ignorer de la subtilité de ces interprétations captées entre 1989 et 1991.
Depuis bientôt vingt ans, cette lecture de l'opus 41 s'est affirmée et confirmée comme une référence, mais avouons que l'on aimerait aussi retrouver en CD les superbes témoignages du Quartetto italiano gravés à la fin des années 1960 pour Philips et qui, à ma connaissance, n'ont toujours pas reparu en CD.