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En écoutant Schumann, vous ne pourrez plus enfourcher Pégase sans Szell, 21 février 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schumann : Symphonie n° 2 en Ut majeur Op. 61 - Symphonie n° 4 en Ré mineur Op. 120 (CD)
Les préjugés perdurent parfois jusqu'au paradoxe.
Pendant plus d'un siècle, Schumann a été considéré à la fois comme un des plus fertiles poètes du piano romantique, mais aussi comme un piètre symphoniste. A l'image de l'Albatros baudelairien, il n'évoluât souverainement que dans l'azur qu'ouvrait l'imaginaire de son clavier, mais redevînt malhabile sitôt qu'il dût incarner sa vision artistique dans le matériau orchestral.
Aussi tard qu'en 1960, à l'occasion d'un texte rédigé pour célébrer le 150° anniversaire de la naissance du compositeur saxon, il était encore nécessaire que George Szell fasse la pédagogie de cette évidence : certes pas aussi génialement instrumentés que les symphonies beethovéniennes, les quatre opus schumanniens sont réellement pensés pour l'orchestre, et leur langage ne saurait s'épanouir qu'au travers des timbres et capacités sonores des différentes familles d'instruments, moyennant quelques judicieuses interventions du chef afin d'équilibrer la balance entre les pupitres.
Lors d'uns de ses célèbres leçons commandées par les "Music appreciation records", Leonard Bernstein décortiquait la Deuxième symphonie et parvenait aux mêmes conclusions : l'orchestration n'en est pas maladroite, elle est seulement exigeante et nécessite l'attention permanente de l'interprète pour en doser les nuances subtiles.
Plus encore qu'en son ultime intégrale réalisée pour Epic dès 1958, d'une perfection désarmante mais trop parcheminée à mon goût, les précédents témoignages datés de 1947 et 1952 permettent ici de retrouver Szell au summum de sa légendaire minutie, qui se place tout au service de l'expression vivante de l'écheveau de sentiments moirés que trament ces deux opus.
Comparés à ceux des relectures plus tardives, les tempi sont révélateurs de cet ambitus expressif : les allegros sont plus rapides et les adagios plus lents.
L'on ne trouvera guère de direction plus alerte et vibrante : le contrôle de la phrase, de la couleur mais aussi de l'architecture interne de chaque mouvement est aussi impressionnant que stimulant.
Cette tension à haut voltage s'avère particulièrement intimidante dans la "Quatrième" : le Lebhaft initial paraîtra plus tranchant et abrupt que sous des baguettes habituellement plus coulantes.
La phalange de Cleveland se confrontait là à une discipline rigoureuse qui deviendra une règle impérieuse au fil des années, sous l'exigence du chef hongrois.
Bien plus que de simples documents pour discophiles nostalgiques, la réédition de ces enregistrements oubliés prouve par l'exemple que le génie poétique de l'orchestre schumannien ne se révèle qu'avec la technique des artisans les plus méticuleux.
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