Lucien Sève n'a pas choisi la facilité. Il faut, dit-il dans son texte introductif, "en finir avec l'anachronisme" et créer "un nouvel esprit dialectique". A une époque où tout le monde, plus ou moins, accepte de concéder qu'il y a, ici ou là, de la dialectique ou des dialectiques dans les phénomènes humains, et notamment dans l'histoire, Sève pose franchement le problème de la dialecticité du réel en général. Interrogeant de façon serrée la logique de Hegel, les intuitions souvent insuffisantes d'Engels, et les acquis actuels de la biologie, il montre que loin d'être une manière de penser, la dialectique est - mais pas toujours! - le "fond" des choses, et que nous en faisons tous, comme l'autre, sans le savoir, et que nous aurions beaucoup à gagner si nous nous avisions d'articuler ce que nous faisons - notamment dans le cas des scientifiques. Le tabou qui pèse encore sur la dialectique est ici bien montré pour ce qu'il est: une grande misère de la pensée actuelle.