Primal Scream, c'est le groupe de Bobby Gillespie, et la musique produite permet de suivre l'évolution du bonhomme. Fan des Rolling Stones, Gillespie a commencé sa carrière au milieu des années 80 comme batteur minimaliste des Jesus & Mary Chain (mélodies de sucre sur fond de guitares saturées). Parti du groupe des frères Reid avant leur (relatif) succès, il va monter Primal Scream, groupe de rock « dur » dont les premières parutions passeront inaperçues.
Le tournant aura lieu quand Gillespie à la toute fin des années 80 va prendre les mouvements naissants de musique électronique (la house notamment) en pleine poire. C'est l'époque des premières raves et en Angleterre la grande épopée Madchester avec les débuts des Happy Mondays, Stone Roses et consorts ... Autant intéressé par la musique que par les nouvelles drogues (l'ecstasy) que Gillespie consomme en quantités industrielles, « Screamadelica » va se retrouver à la conjonction de ses obsessions stoniennes et de la nouvelle culture dance.
Côté Rolling Stones, Gillepsie va faire fort, en sortant on ne sait trop comment d'on ne sait où, rien de moins que Jimmy Miller, le producteur des meilleurs disques signés Jagger - Richards (de « Beggars Banquet » à « Exile ... »), et aux manettes de ce « Screamadelica » pour une paire de titres. Et il faut plaindre ceux qui n'entendraient pas avec « Movin' on up » qui ouvre ce disque des choses déjà remarquées au temps de « Sympathy for the Devil » ou « Gimme shelter ». De même « Damaged » peut raisonnablement être envisagé comme un petit frère des 90's de « Sister Morphine » ou « Dead horses ». Deux titres qui regardent résolument vers les années 70 et leurs sons analogiques.
Pour le reste des titres, Primal Scream fera confiance aux dompteurs de microprocesseurs et autres charmeurs de circuits intégrés, The Orb pour un titre et surtout Andy Weatherall, producteur de toute la hype dance anglaise des 90's, Björk en tête. Sans toutefois que l'on sente que la maîtrise du projet échappe à Gillepsie. Avec des résultats variables, qui doivent dépendre de la couleur des pilules ingurgitées ... Car « Screamadelica » est un disque de drugs songs et des déjantes sonores qui vont avec, dans la lignée par exemple du « Playing with fire » (tiens, encore les Stones) des Spacemen 3 sorti quelques mois plus tôt. On a l'impression d'être sur le dancefloor de l'Hacienda, le mythique club de Manchester dès l'intro de « Slip inside this house », comme du Happy Mondays en encore plus éclaté ... « Don't figth it, ... », c'est une plongée en apnée dans la house music avec belle voix de diva invitée (Denise Johnson). Il y a de grands titres dans ce disque. « « Come together » (no Beatles song), le plus sophistiqué, le plus original, mélange soul, gospel, house, pop, ... dans un grand patchwork sonore. « Higher than the Sun », assez planant (rien que le titre ...), catapulte le Floyd dans les années 90, « Inner flight » et ses flonflons de fête foraine sous ecsta, est un quasi instrumental réussi, avec choeurs façon Beach Boys de « Pet sounds », la ballade titubante « Shine like stars » qui clôt le disque sur une bonne note ...
Il y a aussi quelques choses moins essentielles, la ballade défoncée aux sonorités world (« I'm coming down »), la version « dub » de « Higher the the Sun » avec le cramé bassiste original de PIL Jah Wobble, le « Loaded » qui mélange rythmique à la Stone Roses et guitares à la Rolling Stones pour un résultat quelque peu mitigé ...
Au final, ce disque quelque peu improbable réalisé par un groupe sur lequel pas grand-monde aurait misé, est devenu emblématique de sa période et un classique des années 90. Alors que le prétexte de la commémoration des 20 ans de sa sortie donne lieu à des rééditions « expanded », il faut quand même constater qu'il a pas mal vieilli au niveau sonore, trop ancré qu'il était dans un phénomène de « mode ». Et finalement aujourd'hui, les titres qui passent le mieux l'épreuve du temps sont plutôt les classic rocks produits par Miller, par définition indémodables, que ceux en phase directe avec l'actualité musicale de sa parution (le son de Madchester est aujourd'hui quelque peu oublié et dépassé ...)