Amenàbar aborde ici un sujet austère, celui de l'euthanasie, au travers d'une affaire réelle, celle de Ramòn Sampedro qui a défrayé la chronique espagnole. Cet homme, tétraplégique depuis près de trente ans, réclamait le droit de mourir, refusant la forme de vie que le sort lui avait imposée. Sa condition ne lui permettant pas de mettre lui-même fin à ses jours, il devait recourir à l'aide d'autres personnes qui, de par leur action, se mettaient sous le coup de la loi, en tant que complice d'homicide avec préméditation.
Amenàbar nous épargne tout propos moralisateur. Il nous révèle les difficultés que des Etats laïcs, respectueux du Droit, éprouvent à statuer sur ce point. Si les juges accordent le droit de chacun à disposer de soi et de sa vie, ils ne peuvent accorder à d'autres, le droit d'assistance à donner la mort.
Le film québécois "Les Invasions Barbares" aborde les mêmes préoccupations et apporte des réponses similaires, dans une société anglo-saxonne, pourtant bien différente dans ses maeurs et ses coutumes. Le rapprochement entre les deux oeuvres est intéressant, car les recours sont similaires : amitié, amour et sollicitude de la part de l'entourage.
Ne considérer que cet aspect du film serait bien trop restrictif.
Amenàbar ouvre des perspectives sur le sens de la vie qui n'est pas une fin en soi, la place que l'on doit accorder à la mort qui fait partie intégrante du processus vital.
Surtout, place est faite à l'affection, à l'amour du prochain. Amenàbar excelle pour nous faire part de ces petits mouvements du caeur, de ces fulgurances qui rapprochent les êtres. Il le fait sans pathos, avec une pudeur et une délicatesse peu communes.
Amenàbar nous rappelle qu'on est en Galice, dans cette Espagne de Buñuel et d'Arrabal. Il écorche l'Eglise avec une férocité joyeuse : le ridicule n'est pas bien loin, lorsque l'ecclésiastique tétraplégique mais tonique, vient prêcher la bonne parole à Sampedro.
Outre Ramòn (remarquablement interprété par Javier Bardem), Amenàbar décrit une foule de personnages, avec une humanité et une vérité qui sont la marque d'un grand talent.
Voici donc un film dont on se détache avec peine, tant il nous touche au plus profond.