Non, ne vous attendez pas à lire le film, ni à voir le livre en allant voir le film...
On a ici deux oeuvres qui, si elles traitent des mêmes personnes (et pas personnages...), sont des témoignages très différents.
Dans le film, on entend des répliques, on voit des acteurs et des personnages, on se divertit, avec un peu de profondeur. Il parle d'amitié. C'est le film (très bon) qui m'a donné envie de lire le livre...
Dans ce splendide livre, on plonge dans les abîmes d'une personne, on va voir au fond du fond, on comprend comment cet homme aimait et comment il ne sait plus aimer. On pleure de douleur car on souffre avec lui tant les descriptions de ce qu'il endure sont franches, crues, limpides. Et en même temps, un flou enveloppe tout cela. On dirait que le livre n'est pas construit, qu'on "surfe" sur une vie. Tout y est. On comprend tout, on VIT tout...
Je n'ai jamais autant versé de larmes en lisant qu'avec cet ouvrage tant il m'a touchée (c'est un euphémisme), sidérée, interpelée, bouleversée.
Quant au "Diable gardien", il n'a plus ici que la saveur du "fou", qui fait n'importe quoi, n'importe quand, n'importe où. Et c'est ça qui fait du bien à l'auteur. On comprend que pour ne pas devenir fou à cause de sa souffrance, il fallait qu'il rencontre un plus grand fou que lui, fou dans son hyperactivité, sa presque sociopathie, son corps valide... Un fou VIVANT alors qu'il devenait un fou mort dans le handicap et le deuil.
Je vous passe les commentaires (qui seraient évidemment élogieux) sur la description de l'épouse décédée, souffrante, nourrie de Foi éclairée. Une Grande Dame dont le film parle peu voire pas, alors qu'elle est au coeur de tout, et en particulier du personnage principal qui ne justifie rien de son existence si ce n'est par rapport à elle. Leur amour, leur vie commune, son regard, son silence, ses mots... Tout fait d'elle ce que l'auteur a de plus profond.
On sort de ce livre (les yeux rouges) en se disant que le film est passé à côté de l'essentiel de la vie de cet homme, en optant pour un seul versant de son histoire : l'amitié avec son aide soignant. Finalement, si le film est excellent, le livre l'est aussi, mais on ne prend pas connaissance des mêmes histoires, le second parlant d'amour et de deuil.
Je recommande évidemment ce livre, surtout si vous ne savez plus pleurer : ici, vous retrouverez le chemin de l'émotion qui submerge, celle qui fait du bien quand on la sort de soi. Une histoire vraie, une vraie histoire, et on sait que quelque part dans le monde, quelqu'un a vécu cette horreur : la compassion que suscite ce témoignage fait du bien, d'autant que l'écriture de l'auteur est excellente, originale, aussi douce que violente. Il nous caresse avec des épines et nous pique avec du velours, on suit des vagues qui montent et qui descendent, on est porté, happé, et finalement il nous met un ippon... On se relève vaincu, après un moment sans souffle, mais on se dit qu'on a bien fait, puisqu'on est plus riche qu'avant.