Second Winter est le deuxième album de Johnny Winter sur le label Columbia Records, mais ce chanteur de blues-rock américain ayant la particularité d'être albinos avait déjà sorti, sous un autre label (Imperial Records), un album en 1968 ; autrement dit, Second Winter est, malgré son titre, le troisième album de Winter. Il est sorti en 1969 et est indéniablement une réussite majeure de l'artiste, son meilleur album studio. Si vous regardez le tracklisting plus bas, vous constaterez que l'album possède une particularité qui en faisait, à sa sortie, un gros précurseur, un album unique. Vous avez deviné ? Allons, regardez bien, et pensez en terme de vinyle...Oui, bravo, vous avez trouvé ! L'album possède trois faces. Hé oui, trois faces enregistrées.
Winter avait suffisamment de morceaux pour faire un album, mais il en avait, en fait, beaucoup trop pour que tout tienne sur un seul disque. Mais pas assez pour justifier un double album. Alors il a mis les titres en trop sur une troisième face (bref, sur la face A d'un nouveau disque) et a condamné la dernière face, qui est donc vierge ! Ces albums à trois faces sont rarissimes (Genesis a certes sorti un live du nom de Three Sides Live, mais la dernière face était occupée par des inédits studio ou des titres live d'un autre show). Second Winter est donc un album quasiment unique. Cependant, bien que triple-face, Second Winter est un album loin d'être aussi long que prévu : il dure, en tout et pour tout, 47 minutes. Dont une petite demi-heure pour les deux premières faces. Je pense, perso, qu'en se creusant un peu, Winter aurait pu tout faire tenir sur deux faces classiques (des albums de 47 minutes, même en 1969, ça existait : le Abbey Road des Beatles, sorti la même année, fait cette durée). Mais sans doute voulait-il faire original (du moment que l'album fut vendu au prix d'un simple, ce que je pense et espère, où est le mal ?)...
En tout cas, triple-face justifié ou pas, Johnny Winter est en forme ici : reprise du Highway 61 Revisited de Dylan, du Johnny B. Goode de Berry, du Slippin' And Slidin' que Little Richard a interprété, ou titres inédits signés de sa main (I Love Everybody et sa doublette I Hate Everybody, I'm Not Sure, Fast Life Rider), l'album est franchement quintessentiel pour tout amateur de rock et de blues-rock. La guitare de Winter (et sa voix) est parfaite, les musiciens l'accompagnant, notamment son frangin Edgar (claviers, saxophone, choeurs) et Tommy Shannon (basse), sont excellents, et la production, signée Winter lui-même, est plus que correcte. En un mot, Second Winter est un essentiel !