Fin août 2010 sort
Poetry de Lee Chang-Dong, prix du scénario à Cannes, dont beaucoup disent qu'il aurait pu prétendre à bien d'autres prix, de l'interprétation pour l'exceptionnelle Yoon Jung-Hee à la Palme d'Or. Ce cinéaste, un temps ministre de la culture en Corée du Sud, est en tout cas un cinéaste aussi intègre que précieux. Que ce soit dans le trop méconnu
Peppermint Candy - qui retrace l'histoire (relativement) récente de la Corée grâce à une histoire personnelle dans un scénario ingénieux - ou dans le plus rude
Oasis, Lee Chang-Dong mêle le goût pour des sujets et des personnages "borderline" tout en ressentant pour eux intérêt et compassion. Secret Sunshine et Poetry sont sans aucun doute ses deux films les plus aboutis, qui reflètent très fidèlement sa conception du cinéma, telle qu'il l'expose dans un entretien donné en complément: "Pour moi, le cinéma n'est pas une pêche avec un noyau, qui serait le message essentiel. Pour moi, le cinéma est comme un oignon à plusieurs couches par lesquelles les spectateurs libèrent leur réflexion. Dans ce film, je voulais multiplier les couches. Mon défi était de créer le maximum de couches possible. Je voulais laisser toute liberté d'interprétation au spectateur."
Je tiens Secret Sunshine pour un très grand film. En vertu de ce que je viens de citer, je ne vous en dirai pas grand-chose, sinon que c'est un film étonnant, qu'il faut absolument voir en n'en sachant rien ou presque, pour profiter pleinement de sa façon si particulière de mélanger les genres et d'emmener le récit dans des directions inattendues (ou, si attendues, d'en donner un traitement inattendu). Voilà le film d'un grand metteur en scène, au sens où il privilégie avant tout l'évolution de ses personnages et adapte la forme du film à elle, avec une actrice (Jeon Do-Yeon) qui n'a pas volé son prix d'interprétation à Cannes (et dont il paraît qu'il l'a mise à rude épreuve pendant le tournage). Lee Chang-Dong sait tour à tour faire preuve de proximité et distance vis-à-vis de ce qu'il montre, le résultat étant que le spectateur est engagé dans ce qui arrive à la protagoniste principale, sans pour autant être pris en otage, que la matière mélodramatique n'est jamais trop lourde. Le personnage masculin (interprété par Song Kang-Ho, le formidable acteur des
films de Bong Joon-Ho ou de
Thirst), personnage essentiel qui est d'une certaine façon à la place du spectateur, est lui aussi étonnant et touchant, et permet de ne jamais évacuer l'espoir.
Un film admirable, qu'il faut absolument découvrir, au même titre que
Poetry (sortie dvd janvier 2011). Notons qu'un cinéaste tel que Bong Joon-Ho s'est un peu rapproché des films de son aîné Lee Chang-Dong en réalisant lui aussi un film remarquable autour d'une figure de mère,
Mother (voir mon commentaire).
La copie est assez bonne, sans plus. VOSTF seulement. Les compléments, des entretiens uniquement, sont intéressants. Celui avec Lee Chang-Dong (24') permet d'éclairer quelques aspects de ses objectifs. Celui avec les acteurs (18') jette quelques lumières sur sa méthode de travail avec eux.
NB Ce commentaire porte bien sur l'édition française sortie par TF1 Vidéo / Diaphana, hélas épuisée pour l'instant. Je n'ai aucune idée de ce que valent les autres éditions, en particulier l'import allemand. Par ailleurs,
Peppermint Candy se trouve quant à lui en import anglais avec des sous-titres en anglais si l'édition française, épuisée elle aussi, ne se trouve pas à des tarifs corrects en occasion.