Titre original : "Secret Beyond The Door", Fritz Lang, 1948, NB, copie superbe, VOST seulement.
Sept portes ! Derrière six d'entre elles, un architecte (Michaël Redgrave) a reconstitué, avec leur mobilier et leurs objets originaux, des pièces où des meurtres de femmes ont eu lieu, car, d'après lui, les pièces conditionnent ce qui s'y passe... Et c'est ce qu'il étudie !
Alors non, l'époux de Célia (Joan Bennett) n'est pas à proprement parler Barbe-Bleue, il ne collectionne pas des mortes, il collectionne les chambres qui ont assisté à leur trépas. Ce n'est pas beaucoup plus rassurant...
Mais derrière la dernière porte, la septième, celle qu'il n'ouvre à personne, alors que toutes les autres s'ouvrent devant ses invités, quel décor a-t-il pu reconstituer ?
Comme dans le conte de Perrault, la curiosité de Célia sera la plus forte. De quel prix devra-t-elle la payer ?
Sur un scénario "psy" qui aurait pu tenter Hitchcock, Fritz Lang compose un film à l'atmosphère aussi troublante que celles du maître anglais mais plus onirique. La scène du procès est exemplaire !
Et si l'intrigue contient des naîvetés qui font sourire aujourd'hui, et particulièrement cette psychanalyse de dernière minute pratiquée par une épouse sur son mari quand celui-ci a déjà en main de quoi la tuer, on s'en moque. Le style est tout. Et le style de Lang fait tout passer, aidé qu'il est par un opérateur de génie, Stanley Cortez, responsable des images de "La Splendeur des Amberson", de "La Nuit du Chasseur"(rien que ça !) et de "Since You Went Away". Chaque image est ou si belle, ou si forte, si picturale, si parfaitement éclairée, cadrée qu'on a envie de faire un arrêt sur image toutes les cinq minutes. Ma préférée est celle où l'on voit, depuis le premier étage de la maison, Célia fuir dans la nuit à travers le jardin embrumé, entrainant des pans de brumes après elle. Tout cela au son de la musique de Miklos Rozsa...
Un de ces films qui vous colle à l'oeil, et pour longtemps.