Avec Seeing Sounds, les trois membres du combo N.E.R.D. signent une fois de plus un disque assez fascinant, fait de chansons accrocheuses et non dépourvues de subtilités.
Après un prologue loufoque, le disque s'emballe sans relâche, passe rapidement d'un délire à un autre (les morceaux font presque tous dans les quatre minutes et quelque), sans éviter quelques moments de doute, tel le lancement balourd de « Everyone nose (all the girls standing in the line for the bathroom) », ou un mixage parfois trop lisse, qui trahit les artifices du studio, comme dans le très cadré « Kill Joy », dont on écouterait volontiers une version live un peu plus déjantée. On craque néanmoins pour son groove très efficace, teinté de guitare électrique acide...
On ne peut nier l'aptitude désarmante des N.E.R.D. à transformer un riff simplissime en chanson décapante (« Windows »). Ce qui n'empêche pas des dons pour une écriture mélodique et harmonique fouillée (voir le sublime « Love Bomb » qui ne peut laisser de marbre).
Par ailleurs, chaque titre ou presque dévoile une rupture ou une surprise de taille à mi-parcours.
Susceptibles de rallier grand public et individus pointilleux, au risque de ménager ostensiblement la chèvre et le chou, Pharrell Williams (qui signe la quasi-totalité des compositions) et ses deux acolytes, font preuve d'une habileté certaine à créer des atmosphères et des couleurs mixtes (à voir des sons ?), à mêler électronique et acoustique (voir « Yeah You », porté par des interventions de saxophone moelleux et une contrebasse quasiment synthétique, ou « You Know What », disco-funk étrange), bref à concocter des friandises sonores et autres pépites roublardes qui sentent bon l'urbanité rassembleuse et ensoleillée de Californie...
Ceci dit, on peut espérer encore un peu plus d'audace et de lâcher-prise (en termes de production notamment) et des textes plus marquants, pour le prochain opus du groupe.