Pour Lalah Hathaway, fille du génial Donny, mener une carrière de chanteuse soul témoigne d'une certaine audace et ténacité. Ce Self-portrait, paru chez Stax en 2008 (on ne peut que célébrer la résurrection du label aux doigts qui claquent), est un album risqué en forme d'hommage au père, mais aussi de manifeste personnel.
Le premier morceau, « let go » (appuyé par d'anciens complices de Frank Zappa!), est un groove tranquille, qui déploie des couleurs proches de certains opus de Prince.
La plage suivante (« Breathe »), installe une douceur acoustique bienvenue, annonciatrice des atmosphères tranquilles développées dans la suite du disque.
On se laisse alors happer, petit à petit, par ces chansons décidément bien ficelées (la soul soyeuse de « on your own », ou le ouaté « learning to swim », sur lequel Marcus Miller vient prêter main forte), et on en vient presque à oublier le (très) lourd patrimoine paternel, qui pourrait ne pas faciliter la carrière de Lalah Hathaway. Laquelle possède indiscutablement une voix et des qualités d'écriture certaines. Il ne manque qu'un petit zeste d'audace à des chansons comme « what goes around », pour qu'on soit totalement emballé...
Self-portrait est en tout cas un album bien plus varié et séduisant que le Congo square de Teena Marie (également paru chez Stax, l'année suivante).
Et on échappe presque totalement à l'emploi -souvent compulsif dans ce type d'album- du vocoder (une invention électronique qui aura malheureusement enfanté un paquet d'horreurs musicales des années 2000; et qui est de plus en plus indigeste, même dans les productions de qualité. Vivement que cette mode passe !)...