Le Suédois, jadis qualifié de plus bel homme au monde (sic ; mais il a également eu droit à l’étiquette de « dandy le plus cool » de son pays), et qui vient de célébrer une récente paternité, a enregistré son neuvième album (si l’on inclut son travail pour le cinéma, en particulier la bande originale de
La Confusion des genres, d’Ilan Duran Cohen, ou l’étrange partition de
La Troisième partie du monde, film non moins étrange d’Éric Forestier), après une longue – et usuelle - préparation de quatre mois dans son home studio de Sundyberg, riante bourgade, célèbre (enfin…dans le pays) pour son équipe de base-ball.
Cette gestion en autarcie n’a été troublée que par la présence de deux fidèles compagnons, le pianiste Erik Jansson, et Magnus Frykberg à la batterie. Viendra plus tard les rejoindre le guitariste Jeff Ryan, au jeu intuitif et compulsif. Le disque balise en ouverture des sentiers connus :
« Wonder Wonders » et
« Lightning Strikes », ballades décharnées et rêveuses, permettent en effet de retrouver l’androgynie d’un trip hop fortement teinté de climats jazzy, tel qu’on avait pu le découvrir dès le premier effort du chanteur (
Whiskey, 1996). Rien de changé sous le froid soleil de Suède donc, pour un artiste qui s’est conjointement proclamé fan de François Hardy, Michel Legrand, et Aphex Twin, et qui a su imposer à un monde prompt à l’essorage brutal son soprano suranné. Toutefois, par strates, certaines chansons font voler en éclats cette apparente quiétude mélancolique : dans
« My Mother’s Grave », une batterie en réminiscence du travail percussif de Nick Mason au sein du Pink Floyd, contrecarre l’apparent détachement du chant s’appuyant sur de simple et larges arpèges du piano.
En conclusion du programme,
« Sore », aux claviers partagés entre la liturgie d’une pompe funèbre et des sonorités de clavecin dans le lointain, distille une infinie tristesse, proche de l’angoisse, pour s’achever dans les crissements non identifiés de machines en roue libre. Il est alors facile de conclure que Jay-Jay Johanson va mal (mais après tout, on ne sait rien de ses désordres intimes, et cela ne nous regarde pas). Mais force est de constater que c’est là qu’il est au mieux de sa création. Il nous reste alors simplement ces quelques dix vignettes d’un quadragénaire trop doué, comme un salut embué (
« Trauma », et sa dérive dans les rues de Bordeaux).
Alors, avant de goûter encore et encore ces gouttelettes de fin désespoir élégant, autant l’entendre, et l’écouter, comme un pâle éclairage de ses propres créations : « Je viens d’enregistrer ce nouvel album. J’ai donné quelques concerts, certains restent mémorables. J’essaie d’être un bon père pour mon fils, qui va maintenant sur ses deux ans. Tout est si sombre, et il fait si froid. Mais je vais bien : je reste enfermé chez moi. »
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story