Ceux qui sont allés entendre en concert le Philharmonique de Los Angeles ont pu constater directement qu''il s''agit d''un magnifique ensemble, dont les cuivres ne sont pas le moindre atout. Ce qui tombe bien, puisque, très bien captés ici, ils sont très sollicités dans la musique de Silvestre Revueltas (1899-1940).
Esa-Pekka Salonen a dit un jour que les orchestres du monde avaient vocation à mettre en valeur leur spécificité locale, évoquant dans le cas de Los Angeles, dont il est directeur, la musique de film et la proximité du Mexique, dont Revueltas fut un des compositeurs marquants. Salonen signait là en 1998 un disque brillant, qui n''a rien perdu de son attrait.
Parfaitement composé, le programme alterne les pièces pour orchestre de chambre, et les grandes pages symphoniques, plus dramatiques (Ventanas n''est pas inférieur à son œuvre la plus célèbre, Sensemaya, qui ouvre le disque).
Quelque part entre Milhaud, Varèse et Stravinsky, l''univers de Revueltas est attachant par le mélange entre modernité agressive, verdeur des timbres, échos de la musique populaire (qu''il ne cite jamais directement) et référence à un univers de rites sacrificiels et de magie qui donne aux rythmes leur dimension implacable et leur caractère menaçant.
Animateur énergique de la vie musicale de son pays, artiste engagé, Revueltas se rendit en Espagne en pleine guerre civile, solidaire de la résistance anti-franquiste. On perçoit, en écoutant ces pièces, qu''elles émanent d''un homme qui travaillait dans l''urgence, et qui n''eut pas le temps ni le souci de prendre la pose pour la postérité.
Si vous avez un ami pour qui la musique classique est un univers figé, mortellement ennuyeux et réservé à une pseudo-élite, faites-lui entendre l''orgie sonore et les percussions en délire de la Nuit de l''enchantement (Noche de encantamiento), dernière partie de La Noche de Los Mayas (1939), fantastiquement exécutée ici, qui déménage et vaut largement le détour.