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Mercredi 21 septembre. J'ai beau me saouler de travail et ne sortir pratiquement pas de cette bibliothèque, je bois à grandes lampées l'élixir de septembre, qui d'ailleurs n'est nulle part si enivrant qu'entre ces pans de livres. Les Pyrénées complaisantes, pour la première fois de la saison, sont apparues dans le soleil au-dessus de la canopée, comme en hiver.
Pourtant nous sommes encore en été, je crois bien. Le matin semblait le penser aussi, sans y tenir plus que cela. C'est cela, l'enchantement de septembre : il n'y tient pas. Creusé qu'il est du temps qui fut (weather aussi bien que time), il habite avec nonchalance le pays des morts.
Je regrette de m’être laissé influencer une ou deux fois déjà, jadis et naguère, par mon entourage qui a poussé les hauts cris à l'idée d'un volume de ce journal qui se serait appelé Septembre absolu. C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Toute la journée s'est écoulée dans la splendeur discrète de ce mois détaché des choses, tranquillement revenu de tout, et qui n'en fait pas une affaire. Entré sans manières par les fenêtres, il prenait ses aises entre les rayonnages, dans les fauteuils, sur les tapis, jusqu'entre les dalles de notre carrelage décrié.
Nous vivons sans doute les dernières heures de l'absolutisme. C'est aussi ce qui le rend irrésistible.
Né en 1946, Renaud Camus, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, est fait Officier des Arts et des Lettres en 1995. En 1996, il reçoit de l’Unesco la médaille Picasso en vermeil pour son action culturelle et l’ensemble de son œuvre ; l’Académie française lui décerne le prix Amic. Son œuvre est publiée aux éditions P.O.L et aux éditions Fayard où il publie régulièrement son journal.
© Photo : Luc Charcellay
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