La trompettiste britannique Alison Balsom est blonde, photogénique, et elle enregistre pour une « major » du disque qui a contribué à la rendre célèbre
Works for Trumpet. Eh bien, avant de dénoncer superficialité et ravages du marketing, il serait bon d'écouter les concerts et les disques, et de donner une chance aux interprètes. Non seulement cette musicienne peut convaincre toute personne de bonne volonté que la trompette est un instrument bien plus fin, à la palette sonore bien plus diverse qu'on ne pourrait le soupçonner (enfin, l'instrument en soliste dans le registre du classique, car le jazz l'a bien sûr révélé depuis longtemps), mais elle a signé un programme original et ambitieux, alors qu'elle pourrait se contenter d'enregistrer « Favorite baroque pieces » et « Light music for trumpet », des disques qui partiraient comme des petits pains sur Oxford Street et qu'on retrouverait dans les aéroports du monde entier coincés entre une compile de flûte Inca et un best of de Céline Dion.
Honnêtement, la dernière chose que je me serais risqué à attendre de sa part, c'était bien qu'elle enregistre le concerto de Bernd-Aloïs Zimmermann : vous savez bien, Zimmermann, celui qui a écrit les Soldats
Zimmermann : Die Soldaten (opéra), à côté desquels Wozzeck est une opérette viennoise ...
Donc, au programme :
James MacMillan (né en 1959) : Seraph, pour trompette et orchestre, dédié à Alison Balsom. Pas révolutionnaire, mais agréable à écouter : premier mouvement au style post-Chostakovitch, post-Hindemith, très joli duo entre le violon et la trompette dans le second mouvement.
Takemitsu (1930-1996) : Paths, pour trompette solo. Etonnant comme la trompette solo se suffit à elle-même.
Alexander Arutiunian (né en 1920) : Concerto. L'oeuvre de ce compositeur arménien date de 1950. C'est de la musique soviétique typique, avec, tout de même, un peu de saveur à la Borodine, et la soliste est constamment épatante.
Nobody knows (spiritual), dans un arrangement original.
Zimmermann (1918-1970), concerto « Nobody knows the trouble I see », fondé sur le morceau précédent, créé en 1955 sous la direction d'Ernest Bour. Evidemment il fallait qu'un plumitif se déchaîne sur un site de « critique spécialisée » (sur internet, que de spécialistes) au sujet de ce concerto pour dire en substance que « ces oeuvres intellectuelles et abstraites des années cinquante appartiennent à une époque révolue ». Révolu toi-même ! Redisons que la musique de ce concerto n'a rien de robotique ni de désséchée, et qu'il s'agit d'une oeuvre importante, forte et émouvante, une oeuvre qui en outre réussit la fusion entre l'univers de la musique classique et celui du jazz (oui, du jazz) comme peu y sont parvenues. Discrètement mais efficacement accompagnée, Alison Balsom enthousiasme.
Comme d'autres solistes de valeur
Flute Concertos (Flötenkonzerte), la trompettiste a décidé de mettre sa notoriété au service des répertoires moins évidents.
On se plaît à imaginer un message bien dans l'esprit de l'entente cordiale, envoyé par Maurice André à Alison Balsom, et posté du Paradis où il vient de se retrouver : « Bien reçu. Excellent. La trompette est en de bonnes mains ».