Serge Reggiani


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Biographie

Serge Reggiani est né le 2 mai 1922, à Reggio d'Emilia, près de Parme (au nord de l'Italie), d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière. Les Reggiani émigrent en France et s'installent le 1er novembre 1930 à Yvetot, puis à Paris. L'enfant, bon élève et sportif, est rapidement pris par le démon du spectacle : il écrit et monte des saynètes avec un ami, et se produit dans les bistrots du quartie du faubourg St Antoiner, offrant poèmes et sketches. Il chante et gagne quelques sous comme figurant aux théâtres Mogador, et du Châtelet.

Le barbier de Belleville

À l'âge de treize ans, il devient ... Lire la suite

Serge Reggiani est né le 2 mai 1922, à Reggio d'Emilia, près de Parme (au nord de l'Italie), d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière. Les Reggiani émigrent en France et s'installent le 1er novembre 1930 à Yvetot, puis à Paris. L'enfant, bon élève et sportif, est rapidement pris par le démon du spectacle : il écrit et monte des saynètes avec un ami, et se produit dans les bistrots du quartie du faubourg St Antoiner, offrant poèmes et sketches. Il chante et gagne quelques sous comme figurant aux théâtres Mogador, et du Châtelet.

Le barbier de Belleville

À l'âge de treize ans, il devient apprenti coiffeur. Après lecture d'une petite annonce, il s'inscrit au Conservatoire des Arts Cinématographiques et obtient un premier prix de comédie, en 1938. La même année, il apparaît pour la première fois à l'écran, sans être crédité au générique des Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Il passe au Conservatoire National d'Art Dramatique, dont il sort titulaire de deux prix, de comédie et de tragédie, en 1941. Débute alors pour le jeune comédien une carrière régulière au théâtre : il joue dans Le Loup-garou de Roger Vitrac, puis donne ensuite la réplique à Jean Marais dans Britannicus ; après Les Parents terribles, il se sent plus attiré par le cinéma.

En 1943, il tourne Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon, aux côtés de Raymond Bussières, Gérard Blain et Janine Darcey, avec qui il noue une liaison. Les jeunes comédiens se marient et auront deux enfants, Stephan (chanteur décédé en 1980) et Carine (future membre du Big Bazar de Michel Fugain). Pour l'heure, pendant la guerre et se sentant alors sous la double menace du travail obligatoire en Allemagne et de la conscription italienne, il déserte Paris avec ses proches. Passée la Libération, Reggiani demande et obtient la nationalité française en 1948.

Après avoir partagé l'affiche d'Etoile sans lumière avec Edith Piaf, Reggiani commence à graviter autour d'une famille d'artistes, où l'on retrouve les membres éminents du clan Montand-Signoret : il est en 1946 au générique des Portes de la nuit de Marcel Carné. En 1952, il incarne l'historique Manda, ancien truand et charpentier au grand cœur, dans Casque d'or, de Jacques Becker, aux côtés de Simone Signoret. Avec elle et à cette occasion, il incarne le couple mythique absolu aux yeux de toue une génération. Simone restera son amie toute sa vie, jusqu'à sa disparition en 1985.  En 1955, Serge Reggiani et Janine Darcey divorcent.

A partir de 1958, il entame une nouvelle histoire d'amour avec la comédienne Annie Noël. Ils auront ensemble trois enfants : Célia, Simon et Maria. Il s'essaie pour la première fois à la chanson, en interprétant d'une belle voix grave une vingtaine d'œuvrettes pour le compte d'une émission de radio...puis il passe à autre chose, revenant aux premières amours que constituent pour lui théâtre et cinéma. En 1962, il installe sa famille à Mougins. La même année, son nom figure au générique de deux chefs d'œuvre : Le Doulos de Jean-Pierre Melville, où il incarne aux côtés de Jean-Paul Belmondo un truand vengeur, et Le Guépard, saga signée Luchino Visconti.

Valse dingue

Un beau soir de 1963, Serge Reggiani dîne chez Yves Montand et Simone Signoret. A table, un petit homme à l'accent bulgare, fou de jazz, de radio et de chanson. Jacques Canetti, directeur artistique, est de naturel enthousiaste. Le Juif et l'Italien sympathisent, se racontent des histoires d'émigrés, puis de projet en commun : le premier album de Serge Reggiani, conséquence de cette rencontre, est sous les presses en 1965. Un seul auteur alimente le sommaire avec des chansons inédites : Boris Vian. Le disque, fruit de séances d'enregistrement échelonnées sur huit mois, est une révélation dans le petit univers de la chanson française, et remporte tous les suffrages, critiques et commerciaux. Il obtient ainsi le Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Reggiani est alors le troisième artiste majeur, après Yves Montand, et Charles Aznavour, à démontrer qu'une chanson a souvent besoin d'un comédien pour exister pleinement.

Malheureusement, pétrifié par le trac, Reggiani ne passe pas l'épreuve de la scène du théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis. Il se console en triomphant avec Les Séquestrés d'Altona, de Jean-Paul Sartre, pour quatre cents vingt représentations. Le disque a attiré l'oreille de Barbara, qui l'année suivante lui propose d'assurer la première partie de ses récitals sur la scène du théâtre Bobino à Paris, puis en tournée dans toute la France. Ici débute un douloureux contentieux induit avec son fils Stephan, qui tente de son côté de mener carrière dans la chanson. En tout état de cause, Barbara ne se contente pas de mettre le pied à l'étrier à Serge : elle lui fait travailler sa voix, lui apprend les bases de la respiration ventrale, et développer ses qualités de baryton naturel. Reggiani se montre un élève appliqué, travailleur, et doué.

Il enregistre en 1967 un deuxième album, avec un autre texte de Vian (« Le Déserteur ») et d'autres chansons composées pour l'occasion par Louis Bessières et Albert Vidalie. « Les Loups sont entrés dans Paris », évocation de l'occupation allemande, marquera durablement les esprits. Serge Gainsbourg lui offre « Maxim's », et Jean-Loup Dabadie, qui deviendra l'un de ses paroliers attitrés, « Le Petit garçon ». L'album se vend à plus de 200 000 exemplaires. La même année, Reggiani assiste, en compagnie de Jacques Brel, à un meeting de Pierre Mendès-France. Et, ainsi, ce chanteur de gauche devient un artiste populaire prééminent de la fin du gaullisme. De février à mars 1968, il triomphe sur la scène de Bobino, qui est devenu sa résidence secondaire. Son engagement politique séduit les jeunes générations : les étudiants le réclament même à la Faculté de Médecine de Paris, pour un concert improvisé.

Toujours en 1968, le 28 octobre, Reggiani (qui vient d'intégrer Polydor), enregistre son troisième album Et Puis... : c'est un nouveau succès. « Il suffirait de presque rien » qui passe à la radio, et « La Java des bombes atomiques » (Boris Vian) sont inclus. L'année s'achève en apothéose : le 12 novembre, il participe à la mythique émission Discorama de Denise Glaser. Le 24, il est l'invité principal du non moins célèbre Musicorama d'Europe 1, enregistrée depuis la scène de l'Olympia. Et le 28, il est de nouveau lauréat de l'Académie Charles-Cros. Reggiani se concentre alors sur sa carrière de chanteur, délaissant quelque peu le cinéma. Néanmoins, en 1969, il retrouve Simone Signoret dans L'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. A partir du 4 février, il investit de nouveau la scène de Bobino, où les représentations sont prolongées de quinze jours. Au mois d'avril, il s'envole pour les Pays-Bas pour recevoir le prestigieux Prix Edison, puis rejoint le Canada, pour une nouvelle tournée. La fin de l'année le voit occuper, plus de trois semaines durant, la scène du cabaret parisien Don Camillo.

Au mois de juin 1970, son quatrième album offre des chansons d'un jeune auteur d'à peine vingt ans, Alain Robin. Son épouse Annie Noël, et son fils Stephan, ont également composé pour lui. En 1971, c'est Michel Legrand qui orchestre la partition des soixante musiciens réquisitionnés pour le nouvel album du Franco-Italien. La chanson « L'Italien », en constitue le sommet nostalgique et autobiographique. En 1972, Le Vieux Couple est le premier album de Reggiani à ne pas recueillir un franc succès populaire. Le titre édité en 45 tours, « Hôtel des voyageurs », connaît toutefois une carrière honorable. En 1973, Serge et Annie Noël se séparent. Le chanteur lie ensuite son existence avec celle de l'actrice Noëlle Adam-Chaplin. Ensuite, le chanteur enregistre coup sur coup trois albums de poèmes, dont deux consacrés à l'œuvre de Jacques Prévert. 

En 1974, alors qu'il partage l'affiche de Vincent, François, Paul et les autres avec Michel Piccoli et Yves Montand, il retrouve Dabadie, qui en a écrit le scénario, et devient son ami. Ce dernier lui offre « La Chanson de Paul », inspirée du film. Désormais, on se presse pour lui offrir des chansons : Pierre Tisserand (« L'homme fossile »), Maxime le Forestier, Gérard Bourgeois ou Georges Moustaki contribuent à concocter un répertoire.  Du 26 décembre 1974 au 26 janvier 1975, Serge Reggiani, mû par un élan familial, se produit sur la scène de Bobino, puis enregistre en compagnie de son fils Stephan, et de sa fille Carine. L'entreprise est éreintée par la critique. Serge persiste et signe, en éditant au mois d'avril un album conjoint des duos avec son fils, et en l'associant très étroitement à la prestigieuse émission télévisée de Jacques Chancel, Le Grand échiquier. De même, ils occupent ensemble au mois de septembre la scène de la Fête de l'Humanité, avant d'assurer une tournée commune au Canada. En 1975, Reggiani retrouve le chemin des plateaux de cinéma (Le Chat et la souris et Le Bon et les méchants de Claude Lelouch ; Violette et François, de Jacques Rouffio).

Au mois d'avril 1977, il est invité à la première édition du Printemps de Bourges. Son nouvel album, Cet Amour est un hommage à Jacques Prévert. Le 24 septembre, il est à l'honneur de Numéro 1, de Maritie et Gilbert Carpentier. En 1978, Reggiani enregistre Les Discours de Maximilien Robespierre, fragments des discours du révolutionnaire. En 1979, il récite des poèmes sur la scène de le théâtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris, accompagné à la guitare par Georges Moustaki. En septembre, et pour le compte de l'album J'T'aimerais, Reggiani interprète pour la première fois Bernard Dimey (« Les Seigneurs »). En conséquence de la cession de son catalogue d'éditions, il décide à la même époque d'enregistrer de nouveau tout son répertoire. Les nouvelles orchestrations sont confiées à Alain Goraguer.

Le petit garçon

En 1980, alors qu'il se trouve dans la demeure familiale de Mougins, Stephan Reggiani se suicide : il était âgé de trente-cinq ans. Son père, très affecté par cette disparition, prend ses distances avec la chanson. Il n'en enregistre pas moins un disque de poèmes, consacré à Charles Baudelaire et Cocteau. Dès cette période, c'est Claude Lemesle qui écrit les dernières grandes chansons de Reggiani, comme « Le Barbier de Belleville », ou « Venise n'est pas en Italie ». Le chanteur est alors entouré d'un équipe renouvelée, incluant Michel Legrand, Didier Barbelivien, Alain Goraguer ou Jacques Datin (un très émouvant « Petit garçon »). Tous ces artistes tentent de faire perdurer la passion pour la chanson dans le cœur de Reggiani.

En ce sens, le chanteur triomphe en 1981 sur la scène de l'Olympia. De même, sa tribu se rassemble pour lui permettre d'enregistrer un nouvel album, L'Armée du Brouillard (Alice Dona se joint à la cohorte des compositeurs). Pour l'occasion, il enregistre, en hommage à son fils, La Barbe à Papa. Mais il a de plus en plus de mal à lutter contre un état dépressif endémique, et un alcoolisme récurrent. En octobre 1982, Le Zouave du Pont de l'Alma est l'album du courage : soutenu tout du long par sa garde rapprochée (Jacques Bedos, Alain Goraguer), Reggiani enregistre ce disque bien qu'il ait perdu intérêt dans la chanson.

En 1984 sort un nouvel album, et, l'année suivante, il enregistre Les Fables de La Fontaine  (son dernier disque pour Polydor, qu'il quitte au bénéfice de Tréma). La même année, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur. En 1986 et 1989, ses problèmes de santé ne lui interdisent pas d'occuper avec maestria la scène de l'Olympia de Paris. En 1989, Reggiani travaille à un projet conceptuel tout à fait original : dans l'album Reggiani 89, il trace, sur des textes de Claude Lemesle, les portraits de célèbres créateurs (de Molière à Picasso), ou d'êtres proches (sa compagne Noëlle Adam-Chaplin).

Les années 1990 sont tout simplement saluées comme un regain d'envie pour le chanteur. Envie d'enregistrer de nouveau (Reggiani 91). Envie de chanter sur scène (à l'Olympia en 1991, aux Francofolies de La Rochelle l'année suivante, au Palais des Congrès de Paris). Envie de renouer avec le cinéma (Soutien de famille). Envie de s'essayer à d'autres disciplines artistiques (il commence à exposer ses peintures en 1989, et se passionne également pour la sculpture et l'écriture).

En 1992, on édite à la fois une intégrale de 250 chansons, à la fois un florilège des textes enregistrés de ses auteurs favoris. En 1993, c'est un compositeur débutant qui s'essaie à façonner une chanson dans l'album 70 Balais : Reggiani va mieux, et il entend que cela se sache, abordant la scène du Palais des Congrès de Paris avec un enthousiasme de jeune homme. Nouvel album en 1995, sobrement intitulé Reggiani 95, largement composé par Claude Lemesle et Didier Barbelivien. La même année, il démontre ses qualités de prosateur dans Derniers courriers avant la nuit.

En 1997, son nouvel album Nos Quatre Vérités inclut un hommage à Marlène Dietrich. Il achève l'année en visitant pour la dernière fois un studio de cinéma, celui d'Héroïnes de Gérard Krawczyk aux côtés de Virginie Ledoyen. Au mois d'août 1999 sort un nouvel album, Les Adieux Différés. Serge Reggiani est hospitalisé d'urgence au mois de septembre, en plein vernissage d'une nouvelle exposition. En 2000, c'est à Michel Legrand que Reggiani confie les musiques de son nouvel album, Enfants, Soyez Meilleurs Que Nous.

L'hôtel des rendez-moi ça

Fin 2002, son 80ème anniversaire est célébré par une compilation réalisée par Jean-Pierre Mader, Autour de Serge Reggiani, où Renaud, Patrick Bruel, Jane Birkin, et beaucoup d'autres, rendent hommage à l'artist et à son répertoire. Son petit-fils Nicolas participe à cet album. En 2003, il devient lauréat d'une Victoire de la Musique d'honneu, et est décoré de la cravate de Commandeur de l'Ordre du Mérite. Il enchaîne avec une tournée en France, Belgique, Canada et Suisse, qu'il considère comme un dernier tour de piste.

Harassé par une existence nomade et par l'âge, Serge Reggiani est décédé le 22 juillet 2004, victime d'une crise cardiaque, en son domicile parisien. Il était âgé de 82 ans. Il est inhumé au Cimetière du Montparnasse, à Paris.

Par son sens artistique, sa capacité à faire revivre tout un univers en trois minutes, son goût de la nuance et du sentiment sans sentimentalisme, Serge Reggiani suscite notre admiration. Par son engagement en de multiples combats, ses fêlures, et sa rédemption dans l'amour et la création, il ne peut recueillir que notre respect, et notre affection.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

Serge Reggiani est né le 2 mai 1922, à Reggio d'Emilia, près de Parme (au nord de l'Italie), d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière. Les Reggiani émigrent en France et s'installent le 1er novembre 1930 à Yvetot, puis à Paris. L'enfant, bon élève et sportif, est rapidement pris par le démon du spectacle : il écrit et monte des saynètes avec un ami, et se produit dans les bistrots du quartie du faubourg St Antoiner, offrant poèmes et sketches. Il chante et gagne quelques sous comme figurant aux théâtres Mogador, et du Châtelet.

Le barbier de Belleville

À l'âge de treize ans, il devient apprenti coiffeur. Après lecture d'une petite annonce, il s'inscrit au Conservatoire des Arts Cinématographiques et obtient un premier prix de comédie, en 1938. La même année, il apparaît pour la première fois à l'écran, sans être crédité au générique des Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Il passe au Conservatoire National d'Art Dramatique, dont il sort titulaire de deux prix, de comédie et de tragédie, en 1941. Débute alors pour le jeune comédien une carrière régulière au théâtre : il joue dans Le Loup-garou de Roger Vitrac, puis donne ensuite la réplique à Jean Marais dans Britannicus ; après Les Parents terribles, il se sent plus attiré par le cinéma.

En 1943, il tourne Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon, aux côtés de Raymond Bussières, Gérard Blain et Janine Darcey, avec qui il noue une liaison. Les jeunes comédiens se marient et auront deux enfants, Stephan (chanteur décédé en 1980) et Carine (future membre du Big Bazar de Michel Fugain). Pour l'heure, pendant la guerre et se sentant alors sous la double menace du travail obligatoire en Allemagne et de la conscription italienne, il déserte Paris avec ses proches. Passée la Libération, Reggiani demande et obtient la nationalité française en 1948.

Après avoir partagé l'affiche d'Etoile sans lumière avec Edith Piaf, Reggiani commence à graviter autour d'une famille d'artistes, où l'on retrouve les membres éminents du clan Montand-Signoret : il est en 1946 au générique des Portes de la nuit de Marcel Carné. En 1952, il incarne l'historique Manda, ancien truand et charpentier au grand cœur, dans Casque d'or, de Jacques Becker, aux côtés de Simone Signoret. Avec elle et à cette occasion, il incarne le couple mythique absolu aux yeux de toue une génération. Simone restera son amie toute sa vie, jusqu'à sa disparition en 1985.  En 1955, Serge Reggiani et Janine Darcey divorcent.

A partir de 1958, il entame une nouvelle histoire d'amour avec la comédienne Annie Noël. Ils auront ensemble trois enfants : Célia, Simon et Maria. Il s'essaie pour la première fois à la chanson, en interprétant d'une belle voix grave une vingtaine d'œuvrettes pour le compte d'une émission de radio...puis il passe à autre chose, revenant aux premières amours que constituent pour lui théâtre et cinéma. En 1962, il installe sa famille à Mougins. La même année, son nom figure au générique de deux chefs d'œuvre : Le Doulos de Jean-Pierre Melville, où il incarne aux côtés de Jean-Paul Belmondo un truand vengeur, et Le Guépard, saga signée Luchino Visconti.

Valse dingue

Un beau soir de 1963, Serge Reggiani dîne chez Yves Montand et Simone Signoret. A table, un petit homme à l'accent bulgare, fou de jazz, de radio et de chanson. Jacques Canetti, directeur artistique, est de naturel enthousiaste. Le Juif et l'Italien sympathisent, se racontent des histoires d'émigrés, puis de projet en commun : le premier album de Serge Reggiani, conséquence de cette rencontre, est sous les presses en 1965. Un seul auteur alimente le sommaire avec des chansons inédites : Boris Vian. Le disque, fruit de séances d'enregistrement échelonnées sur huit mois, est une révélation dans le petit univers de la chanson française, et remporte tous les suffrages, critiques et commerciaux. Il obtient ainsi le Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Reggiani est alors le troisième artiste majeur, après Yves Montand, et Charles Aznavour, à démontrer qu'une chanson a souvent besoin d'un comédien pour exister pleinement.

Malheureusement, pétrifié par le trac, Reggiani ne passe pas l'épreuve de la scène du théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis. Il se console en triomphant avec Les Séquestrés d'Altona, de Jean-Paul Sartre, pour quatre cents vingt représentations. Le disque a attiré l'oreille de Barbara, qui l'année suivante lui propose d'assurer la première partie de ses récitals sur la scène du théâtre Bobino à Paris, puis en tournée dans toute la France. Ici débute un douloureux contentieux induit avec son fils Stephan, qui tente de son côté de mener carrière dans la chanson. En tout état de cause, Barbara ne se contente pas de mettre le pied à l'étrier à Serge : elle lui fait travailler sa voix, lui apprend les bases de la respiration ventrale, et développer ses qualités de baryton naturel. Reggiani se montre un élève appliqué, travailleur, et doué.

Il enregistre en 1967 un deuxième album, avec un autre texte de Vian (« Le Déserteur ») et d'autres chansons composées pour l'occasion par Louis Bessières et Albert Vidalie. « Les Loups sont entrés dans Paris », évocation de l'occupation allemande, marquera durablement les esprits. Serge Gainsbourg lui offre « Maxim's », et Jean-Loup Dabadie, qui deviendra l'un de ses paroliers attitrés, « Le Petit garçon ». L'album se vend à plus de 200 000 exemplaires. La même année, Reggiani assiste, en compagnie de Jacques Brel, à un meeting de Pierre Mendès-France. Et, ainsi, ce chanteur de gauche devient un artiste populaire prééminent de la fin du gaullisme. De février à mars 1968, il triomphe sur la scène de Bobino, qui est devenu sa résidence secondaire. Son engagement politique séduit les jeunes générations : les étudiants le réclament même à la Faculté de Médecine de Paris, pour un concert improvisé.

Toujours en 1968, le 28 octobre, Reggiani (qui vient d'intégrer Polydor), enregistre son troisième album Et Puis... : c'est un nouveau succès. « Il suffirait de presque rien » qui passe à la radio, et « La Java des bombes atomiques » (Boris Vian) sont inclus. L'année s'achève en apothéose : le 12 novembre, il participe à la mythique émission Discorama de Denise Glaser. Le 24, il est l'invité principal du non moins célèbre Musicorama d'Europe 1, enregistrée depuis la scène de l'Olympia. Et le 28, il est de nouveau lauréat de l'Académie Charles-Cros. Reggiani se concentre alors sur sa carrière de chanteur, délaissant quelque peu le cinéma. Néanmoins, en 1969, il retrouve Simone Signoret dans L'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. A partir du 4 février, il investit de nouveau la scène de Bobino, où les représentations sont prolongées de quinze jours. Au mois d'avril, il s'envole pour les Pays-Bas pour recevoir le prestigieux Prix Edison, puis rejoint le Canada, pour une nouvelle tournée. La fin de l'année le voit occuper, plus de trois semaines durant, la scène du cabaret parisien Don Camillo.

Au mois de juin 1970, son quatrième album offre des chansons d'un jeune auteur d'à peine vingt ans, Alain Robin. Son épouse Annie Noël, et son fils Stephan, ont également composé pour lui. En 1971, c'est Michel Legrand qui orchestre la partition des soixante musiciens réquisitionnés pour le nouvel album du Franco-Italien. La chanson « L'Italien », en constitue le sommet nostalgique et autobiographique. En 1972, Le Vieux Couple est le premier album de Reggiani à ne pas recueillir un franc succès populaire. Le titre édité en 45 tours, « Hôtel des voyageurs », connaît toutefois une carrière honorable. En 1973, Serge et Annie Noël se séparent. Le chanteur lie ensuite son existence avec celle de l'actrice Noëlle Adam-Chaplin. Ensuite, le chanteur enregistre coup sur coup trois albums de poèmes, dont deux consacrés à l'œuvre de Jacques Prévert. 

En 1974, alors qu'il partage l'affiche de Vincent, François, Paul et les autres avec Michel Piccoli et Yves Montand, il retrouve Dabadie, qui en a écrit le scénario, et devient son ami. Ce dernier lui offre « La Chanson de Paul », inspirée du film. Désormais, on se presse pour lui offrir des chansons : Pierre Tisserand (« L'homme fossile »), Maxime le Forestier, Gérard Bourgeois ou Georges Moustaki contribuent à concocter un répertoire.  Du 26 décembre 1974 au 26 janvier 1975, Serge Reggiani, mû par un élan familial, se produit sur la scène de Bobino, puis enregistre en compagnie de son fils Stephan, et de sa fille Carine. L'entreprise est éreintée par la critique. Serge persiste et signe, en éditant au mois d'avril un album conjoint des duos avec son fils, et en l'associant très étroitement à la prestigieuse émission télévisée de Jacques Chancel, Le Grand échiquier. De même, ils occupent ensemble au mois de septembre la scène de la Fête de l'Humanité, avant d'assurer une tournée commune au Canada. En 1975, Reggiani retrouve le chemin des plateaux de cinéma (Le Chat et la souris et Le Bon et les méchants de Claude Lelouch ; Violette et François, de Jacques Rouffio).

Au mois d'avril 1977, il est invité à la première édition du Printemps de Bourges. Son nouvel album, Cet Amour est un hommage à Jacques Prévert. Le 24 septembre, il est à l'honneur de Numéro 1, de Maritie et Gilbert Carpentier. En 1978, Reggiani enregistre Les Discours de Maximilien Robespierre, fragments des discours du révolutionnaire. En 1979, il récite des poèmes sur la scène de le théâtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris, accompagné à la guitare par Georges Moustaki. En septembre, et pour le compte de l'album J'T'aimerais, Reggiani interprète pour la première fois Bernard Dimey (« Les Seigneurs »). En conséquence de la cession de son catalogue d'éditions, il décide à la même époque d'enregistrer de nouveau tout son répertoire. Les nouvelles orchestrations sont confiées à Alain Goraguer.

Le petit garçon

En 1980, alors qu'il se trouve dans la demeure familiale de Mougins, Stephan Reggiani se suicide : il était âgé de trente-cinq ans. Son père, très affecté par cette disparition, prend ses distances avec la chanson. Il n'en enregistre pas moins un disque de poèmes, consacré à Charles Baudelaire et Cocteau. Dès cette période, c'est Claude Lemesle qui écrit les dernières grandes chansons de Reggiani, comme « Le Barbier de Belleville », ou « Venise n'est pas en Italie ». Le chanteur est alors entouré d'un équipe renouvelée, incluant Michel Legrand, Didier Barbelivien, Alain Goraguer ou Jacques Datin (un très émouvant « Petit garçon »). Tous ces artistes tentent de faire perdurer la passion pour la chanson dans le cœur de Reggiani.

En ce sens, le chanteur triomphe en 1981 sur la scène de l'Olympia. De même, sa tribu se rassemble pour lui permettre d'enregistrer un nouvel album, L'Armée du Brouillard (Alice Dona se joint à la cohorte des compositeurs). Pour l'occasion, il enregistre, en hommage à son fils, La Barbe à Papa. Mais il a de plus en plus de mal à lutter contre un état dépressif endémique, et un alcoolisme récurrent. En octobre 1982, Le Zouave du Pont de l'Alma est l'album du courage : soutenu tout du long par sa garde rapprochée (Jacques Bedos, Alain Goraguer), Reggiani enregistre ce disque bien qu'il ait perdu intérêt dans la chanson.

En 1984 sort un nouvel album, et, l'année suivante, il enregistre Les Fables de La Fontaine  (son dernier disque pour Polydor, qu'il quitte au bénéfice de Tréma). La même année, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur. En 1986 et 1989, ses problèmes de santé ne lui interdisent pas d'occuper avec maestria la scène de l'Olympia de Paris. En 1989, Reggiani travaille à un projet conceptuel tout à fait original : dans l'album Reggiani 89, il trace, sur des textes de Claude Lemesle, les portraits de célèbres créateurs (de Molière à Picasso), ou d'êtres proches (sa compagne Noëlle Adam-Chaplin).

Les années 1990 sont tout simplement saluées comme un regain d'envie pour le chanteur. Envie d'enregistrer de nouveau (Reggiani 91). Envie de chanter sur scène (à l'Olympia en 1991, aux Francofolies de La Rochelle l'année suivante, au Palais des Congrès de Paris). Envie de renouer avec le cinéma (Soutien de famille). Envie de s'essayer à d'autres disciplines artistiques (il commence à exposer ses peintures en 1989, et se passionne également pour la sculpture et l'écriture).

En 1992, on édite à la fois une intégrale de 250 chansons, à la fois un florilège des textes enregistrés de ses auteurs favoris. En 1993, c'est un compositeur débutant qui s'essaie à façonner une chanson dans l'album 70 Balais : Reggiani va mieux, et il entend que cela se sache, abordant la scène du Palais des Congrès de Paris avec un enthousiasme de jeune homme. Nouvel album en 1995, sobrement intitulé Reggiani 95, largement composé par Claude Lemesle et Didier Barbelivien. La même année, il démontre ses qualités de prosateur dans Derniers courriers avant la nuit.

En 1997, son nouvel album Nos Quatre Vérités inclut un hommage à Marlène Dietrich. Il achève l'année en visitant pour la dernière fois un studio de cinéma, celui d'Héroïnes de Gérard Krawczyk aux côtés de Virginie Ledoyen. Au mois d'août 1999 sort un nouvel album, Les Adieux Différés. Serge Reggiani est hospitalisé d'urgence au mois de septembre, en plein vernissage d'une nouvelle exposition. En 2000, c'est à Michel Legrand que Reggiani confie les musiques de son nouvel album, Enfants, Soyez Meilleurs Que Nous.

L'hôtel des rendez-moi ça

Fin 2002, son 80ème anniversaire est célébré par une compilation réalisée par Jean-Pierre Mader, Autour de Serge Reggiani, où Renaud, Patrick Bruel, Jane Birkin, et beaucoup d'autres, rendent hommage à l'artist et à son répertoire. Son petit-fils Nicolas participe à cet album. En 2003, il devient lauréat d'une Victoire de la Musique d'honneu, et est décoré de la cravate de Commandeur de l'Ordre du Mérite. Il enchaîne avec une tournée en France, Belgique, Canada et Suisse, qu'il considère comme un dernier tour de piste.

Harassé par une existence nomade et par l'âge, Serge Reggiani est décédé le 22 juillet 2004, victime d'une crise cardiaque, en son domicile parisien. Il était âgé de 82 ans. Il est inhumé au Cimetière du Montparnasse, à Paris.

Par son sens artistique, sa capacité à faire revivre tout un univers en trois minutes, son goût de la nuance et du sentiment sans sentimentalisme, Serge Reggiani suscite notre admiration. Par son engagement en de multiples combats, ses fêlures, et sa rédemption dans l'amour et la création, il ne peut recueillir que notre respect, et notre affection.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

Serge Reggiani est né le 2 mai 1922, à Reggio d'Emilia, près de Parme (au nord de l'Italie), d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière. Les Reggiani émigrent en France et s'installent le 1er novembre 1930 à Yvetot, puis à Paris. L'enfant, bon élève et sportif, est rapidement pris par le démon du spectacle : il écrit et monte des saynètes avec un ami, et se produit dans les bistrots du quartie du faubourg St Antoiner, offrant poèmes et sketches. Il chante et gagne quelques sous comme figurant aux théâtres Mogador, et du Châtelet.

Le barbier de Belleville

À l'âge de treize ans, il devient apprenti coiffeur. Après lecture d'une petite annonce, il s'inscrit au Conservatoire des Arts Cinématographiques et obtient un premier prix de comédie, en 1938. La même année, il apparaît pour la première fois à l'écran, sans être crédité au générique des Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Il passe au Conservatoire National d'Art Dramatique, dont il sort titulaire de deux prix, de comédie et de tragédie, en 1941. Débute alors pour le jeune comédien une carrière régulière au théâtre : il joue dans Le Loup-garou de Roger Vitrac, puis donne ensuite la réplique à Jean Marais dans Britannicus ; après Les Parents terribles, il se sent plus attiré par le cinéma.

En 1943, il tourne Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon, aux côtés de Raymond Bussières, Gérard Blain et Janine Darcey, avec qui il noue une liaison. Les jeunes comédiens se marient et auront deux enfants, Stephan (chanteur décédé en 1980) et Carine (future membre du Big Bazar de Michel Fugain). Pour l'heure, pendant la guerre et se sentant alors sous la double menace du travail obligatoire en Allemagne et de la conscription italienne, il déserte Paris avec ses proches. Passée la Libération, Reggiani demande et obtient la nationalité française en 1948.

Après avoir partagé l'affiche d'Etoile sans lumière avec Edith Piaf, Reggiani commence à graviter autour d'une famille d'artistes, où l'on retrouve les membres éminents du clan Montand-Signoret : il est en 1946 au générique des Portes de la nuit de Marcel Carné. En 1952, il incarne l'historique Manda, ancien truand et charpentier au grand cœur, dans Casque d'or, de Jacques Becker, aux côtés de Simone Signoret. Avec elle et à cette occasion, il incarne le couple mythique absolu aux yeux de toue une génération. Simone restera son amie toute sa vie, jusqu'à sa disparition en 1985.  En 1955, Serge Reggiani et Janine Darcey divorcent.

A partir de 1958, il entame une nouvelle histoire d'amour avec la comédienne Annie Noël. Ils auront ensemble trois enfants : Célia, Simon et Maria. Il s'essaie pour la première fois à la chanson, en interprétant d'une belle voix grave une vingtaine d'œuvrettes pour le compte d'une émission de radio...puis il passe à autre chose, revenant aux premières amours que constituent pour lui théâtre et cinéma. En 1962, il installe sa famille à Mougins. La même année, son nom figure au générique de deux chefs d'œuvre : Le Doulos de Jean-Pierre Melville, où il incarne aux côtés de Jean-Paul Belmondo un truand vengeur, et Le Guépard, saga signée Luchino Visconti.

Valse dingue

Un beau soir de 1963, Serge Reggiani dîne chez Yves Montand et Simone Signoret. A table, un petit homme à l'accent bulgare, fou de jazz, de radio et de chanson. Jacques Canetti, directeur artistique, est de naturel enthousiaste. Le Juif et l'Italien sympathisent, se racontent des histoires d'émigrés, puis de projet en commun : le premier album de Serge Reggiani, conséquence de cette rencontre, est sous les presses en 1965. Un seul auteur alimente le sommaire avec des chansons inédites : Boris Vian. Le disque, fruit de séances d'enregistrement échelonnées sur huit mois, est une révélation dans le petit univers de la chanson française, et remporte tous les suffrages, critiques et commerciaux. Il obtient ainsi le Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Reggiani est alors le troisième artiste majeur, après Yves Montand, et Charles Aznavour, à démontrer qu'une chanson a souvent besoin d'un comédien pour exister pleinement.

Malheureusement, pétrifié par le trac, Reggiani ne passe pas l'épreuve de la scène du théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis. Il se console en triomphant avec Les Séquestrés d'Altona, de Jean-Paul Sartre, pour quatre cents vingt représentations. Le disque a attiré l'oreille de Barbara, qui l'année suivante lui propose d'assurer la première partie de ses récitals sur la scène du théâtre Bobino à Paris, puis en tournée dans toute la France. Ici débute un douloureux contentieux induit avec son fils Stephan, qui tente de son côté de mener carrière dans la chanson. En tout état de cause, Barbara ne se contente pas de mettre le pied à l'étrier à Serge : elle lui fait travailler sa voix, lui apprend les bases de la respiration ventrale, et développer ses qualités de baryton naturel. Reggiani se montre un élève appliqué, travailleur, et doué.

Il enregistre en 1967 un deuxième album, avec un autre texte de Vian (« Le Déserteur ») et d'autres chansons composées pour l'occasion par Louis Bessières et Albert Vidalie. « Les Loups sont entrés dans Paris », évocation de l'occupation allemande, marquera durablement les esprits. Serge Gainsbourg lui offre « Maxim's », et Jean-Loup Dabadie, qui deviendra l'un de ses paroliers attitrés, « Le Petit garçon ». L'album se vend à plus de 200 000 exemplaires. La même année, Reggiani assiste, en compagnie de Jacques Brel, à un meeting de Pierre Mendès-France. Et, ainsi, ce chanteur de gauche devient un artiste populaire prééminent de la fin du gaullisme. De février à mars 1968, il triomphe sur la scène de Bobino, qui est devenu sa résidence secondaire. Son engagement politique séduit les jeunes générations : les étudiants le réclament même à la Faculté de Médecine de Paris, pour un concert improvisé.

Toujours en 1968, le 28 octobre, Reggiani (qui vient d'intégrer Polydor), enregistre son troisième album Et Puis... : c'est un nouveau succès. « Il suffirait de presque rien » qui passe à la radio, et « La Java des bombes atomiques » (Boris Vian) sont inclus. L'année s'achève en apothéose : le 12 novembre, il participe à la mythique émission Discorama de Denise Glaser. Le 24, il est l'invité principal du non moins célèbre Musicorama d'Europe 1, enregistrée depuis la scène de l'Olympia. Et le 28, il est de nouveau lauréat de l'Académie Charles-Cros. Reggiani se concentre alors sur sa carrière de chanteur, délaissant quelque peu le cinéma. Néanmoins, en 1969, il retrouve Simone Signoret dans L'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. A partir du 4 février, il investit de nouveau la scène de Bobino, où les représentations sont prolongées de quinze jours. Au mois d'avril, il s'envole pour les Pays-Bas pour recevoir le prestigieux Prix Edison, puis rejoint le Canada, pour une nouvelle tournée. La fin de l'année le voit occuper, plus de trois semaines durant, la scène du cabaret parisien Don Camillo.

Au mois de juin 1970, son quatrième album offre des chansons d'un jeune auteur d'à peine vingt ans, Alain Robin. Son épouse Annie Noël, et son fils Stephan, ont également composé pour lui. En 1971, c'est Michel Legrand qui orchestre la partition des soixante musiciens réquisitionnés pour le nouvel album du Franco-Italien. La chanson « L'Italien », en constitue le sommet nostalgique et autobiographique. En 1972, Le Vieux Couple est le premier album de Reggiani à ne pas recueillir un franc succès populaire. Le titre édité en 45 tours, « Hôtel des voyageurs », connaît toutefois une carrière honorable. En 1973, Serge et Annie Noël se séparent. Le chanteur lie ensuite son existence avec celle de l'actrice Noëlle Adam-Chaplin. Ensuite, le chanteur enregistre coup sur coup trois albums de poèmes, dont deux consacrés à l'œuvre de Jacques Prévert. 

En 1974, alors qu'il partage l'affiche de Vincent, François, Paul et les autres avec Michel Piccoli et Yves Montand, il retrouve Dabadie, qui en a écrit le scénario, et devient son ami. Ce dernier lui offre « La Chanson de Paul », inspirée du film. Désormais, on se presse pour lui offrir des chansons : Pierre Tisserand (« L'homme fossile »), Maxime le Forestier, Gérard Bourgeois ou Georges Moustaki contribuent à concocter un répertoire.  Du 26 décembre 1974 au 26 janvier 1975, Serge Reggiani, mû par un élan familial, se produit sur la scène de Bobino, puis enregistre en compagnie de son fils Stephan, et de sa fille Carine. L'entreprise est éreintée par la critique. Serge persiste et signe, en éditant au mois d'avril un album conjoint des duos avec son fils, et en l'associant très étroitement à la prestigieuse émission télévisée de Jacques Chancel, Le Grand échiquier. De même, ils occupent ensemble au mois de septembre la scène de la Fête de l'Humanité, avant d'assurer une tournée commune au Canada. En 1975, Reggiani retrouve le chemin des plateaux de cinéma (Le Chat et la souris et Le Bon et les méchants de Claude Lelouch ; Violette et François, de Jacques Rouffio).

Au mois d'avril 1977, il est invité à la première édition du Printemps de Bourges. Son nouvel album, Cet Amour est un hommage à Jacques Prévert. Le 24 septembre, il est à l'honneur de Numéro 1, de Maritie et Gilbert Carpentier. En 1978, Reggiani enregistre Les Discours de Maximilien Robespierre, fragments des discours du révolutionnaire. En 1979, il récite des poèmes sur la scène de le théâtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris, accompagné à la guitare par Georges Moustaki. En septembre, et pour le compte de l'album J'T'aimerais, Reggiani interprète pour la première fois Bernard Dimey (« Les Seigneurs »). En conséquence de la cession de son catalogue d'éditions, il décide à la même époque d'enregistrer de nouveau tout son répertoire. Les nouvelles orchestrations sont confiées à Alain Goraguer.

Le petit garçon

En 1980, alors qu'il se trouve dans la demeure familiale de Mougins, Stephan Reggiani se suicide : il était âgé de trente-cinq ans. Son père, très affecté par cette disparition, prend ses distances avec la chanson. Il n'en enregistre pas moins un disque de poèmes, consacré à Charles Baudelaire et Cocteau. Dès cette période, c'est Claude Lemesle qui écrit les dernières grandes chansons de Reggiani, comme « Le Barbier de Belleville », ou « Venise n'est pas en Italie ». Le chanteur est alors entouré d'un équipe renouvelée, incluant Michel Legrand, Didier Barbelivien, Alain Goraguer ou Jacques Datin (un très émouvant « Petit garçon »). Tous ces artistes tentent de faire perdurer la passion pour la chanson dans le cœur de Reggiani.

En ce sens, le chanteur triomphe en 1981 sur la scène de l'Olympia. De même, sa tribu se rassemble pour lui permettre d'enregistrer un nouvel album, L'Armée du Brouillard (Alice Dona se joint à la cohorte des compositeurs). Pour l'occasion, il enregistre, en hommage à son fils, La Barbe à Papa. Mais il a de plus en plus de mal à lutter contre un état dépressif endémique, et un alcoolisme récurrent. En octobre 1982, Le Zouave du Pont de l'Alma est l'album du courage : soutenu tout du long par sa garde rapprochée (Jacques Bedos, Alain Goraguer), Reggiani enregistre ce disque bien qu'il ait perdu intérêt dans la chanson.

En 1984 sort un nouvel album, et, l'année suivante, il enregistre Les Fables de La Fontaine  (son dernier disque pour Polydor, qu'il quitte au bénéfice de Tréma). La même année, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur. En 1986 et 1989, ses problèmes de santé ne lui interdisent pas d'occuper avec maestria la scène de l'Olympia de Paris. En 1989, Reggiani travaille à un projet conceptuel tout à fait original : dans l'album Reggiani 89, il trace, sur des textes de Claude Lemesle, les portraits de célèbres créateurs (de Molière à Picasso), ou d'êtres proches (sa compagne Noëlle Adam-Chaplin).

Les années 1990 sont tout simplement saluées comme un regain d'envie pour le chanteur. Envie d'enregistrer de nouveau (Reggiani 91). Envie de chanter sur scène (à l'Olympia en 1991, aux Francofolies de La Rochelle l'année suivante, au Palais des Congrès de Paris). Envie de renouer avec le cinéma (Soutien de famille). Envie de s'essayer à d'autres disciplines artistiques (il commence à exposer ses peintures en 1989, et se passionne également pour la sculpture et l'écriture).

En 1992, on édite à la fois une intégrale de 250 chansons, à la fois un florilège des textes enregistrés de ses auteurs favoris. En 1993, c'est un compositeur débutant qui s'essaie à façonner une chanson dans l'album 70 Balais : Reggiani va mieux, et il entend que cela se sache, abordant la scène du Palais des Congrès de Paris avec un enthousiasme de jeune homme. Nouvel album en 1995, sobrement intitulé Reggiani 95, largement composé par Claude Lemesle et Didier Barbelivien. La même année, il démontre ses qualités de prosateur dans Derniers courriers avant la nuit.

En 1997, son nouvel album Nos Quatre Vérités inclut un hommage à Marlène Dietrich. Il achève l'année en visitant pour la dernière fois un studio de cinéma, celui d'Héroïnes de Gérard Krawczyk aux côtés de Virginie Ledoyen. Au mois d'août 1999 sort un nouvel album, Les Adieux Différés. Serge Reggiani est hospitalisé d'urgence au mois de septembre, en plein vernissage d'une nouvelle exposition. En 2000, c'est à Michel Legrand que Reggiani confie les musiques de son nouvel album, Enfants, Soyez Meilleurs Que Nous.

L'hôtel des rendez-moi ça

Fin 2002, son 80ème anniversaire est célébré par une compilation réalisée par Jean-Pierre Mader, Autour de Serge Reggiani, où Renaud, Patrick Bruel, Jane Birkin, et beaucoup d'autres, rendent hommage à l'artist et à son répertoire. Son petit-fils Nicolas participe à cet album. En 2003, il devient lauréat d'une Victoire de la Musique d'honneu, et est décoré de la cravate de Commandeur de l'Ordre du Mérite. Il enchaîne avec une tournée en France, Belgique, Canada et Suisse, qu'il considère comme un dernier tour de piste.

Harassé par une existence nomade et par l'âge, Serge Reggiani est décédé le 22 juillet 2004, victime d'une crise cardiaque, en son domicile parisien. Il était âgé de 82 ans. Il est inhumé au Cimetière du Montparnasse, à Paris.

Par son sens artistique, sa capacité à faire revivre tout un univers en trois minutes, son goût de la nuance et du sentiment sans sentimentalisme, Serge Reggiani suscite notre admiration. Par son engagement en de multiples combats, ses fêlures, et sa rédemption dans l'amour et la création, il ne peut recueillir que notre respect, et notre affection.

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