Les éditions par Emi de concerts du dernier Celibidache (sa période à Munich) ont figé l''image du chef d''une manière qui ne lui rend pas toujours justice. Aura-t-on un jour droit à une publication (les bandes subsistent) des concerts donnés avec « notre » orchestre National, dont il fut premier chef invité (1973-1975) et qu''il conduisit, non sans heurts, à des résultats proprement stupéfiants ? Le présent coffret documente son travail avec l''orchestre de la Radio suédoise (1965-1971) et il contient des réussites de premier ordre, sans que jamais on se dise que cette formation peu connue est inférieure à d''autres. Pour simplifier à outrance, avant de devenir un mystique perdu dans sa contemplation, Celibidache a été, à son meilleur, un animal à sang chaud, un chef qui unissait au plus haut degré les éléments apolliniens et dionysiaques de son art, le souci de la belle ligne et l''élan conquérant du séducteur. Le tempo n''est pas retenu pour le plaisir dans la Symphonie de Franck, mais pour laisser la musique respirer, s''épanouir et chanter : et avec quel résultat. Excellence de la Neuvième de Chostakovitch, transparence et vie dans Mathis le peintre d''Hindemith (Karajan ne fait pas mieux), jeunesse du Don Juan de Strauss (le plus irrésistible de tous ceux que je connais), mystère et exaltation dans la Cinquième de Sibelius. En prime, un célèbre et survolté Concerto de Dvoràk avec Jacqueline Du Pré. Une récolte qui enchante, et corrige quelques idées reçues.