Un roman lu avec grand plaisir dans le Hunan, pays natal de Mao Zedong. Servir le peuple, '''''slogan de la « Grande Révolution non-culturelle » devenu de nos jours une expression galvaudée et même tournée en dérision par une partie de la jeunesse, figure parmi les meilleurs romans contemporains chinois que j''ai lus. J''ai beaucoup apprécié un humour omniprésent, tordant la discipline mécanique et obtuse de l'époque. Yan Lianke a tellement malmené et caricaturé les préceptes du Président Mao que le livre s''est attiré dès sa sortie les foudres de la censure qui a non seulement interdit le livre mais aussi tout commentaire. On ne touche pas à la mémoire de Saint Mao.
L''ordonnance d'un colonel, qui ne peut rendre hommage à son épouse à la suite d'une blessure, se retrouve obligé de se plier aux ordres de la femme, au nom du sacro-saint slogan, qui lui enjoint de la satisfaire sexuellement lors de la longue absence du mari défaillant. Après avoir digéré une 'interprétation correcte', le bon militaire tombe dans une passion sans borne ; le suprême plaisir est amplifié quand l''heureux élu brise par mégarde une statue de Mao. L''auteur en profite pour pulvériser les tabous politiques, moraux et sexuels et pousse les personnages bien au-delà de la bande jaune officielle acceptable aujourd''hui.
Par ailleurs, le traducteur, Claude Payen, a rendu le texte dans un style fluide et agréable sans les les lourdeurs littérales de certaines traductions.
Yan Lianke, natif de la province du Henan, qui fête, ces cinquante ans cette année, n''est pas un inconnu ; écrivain de renom, il a obtenu deux prix prestigieux, Lu Xun en 2000 et Lao She en 2004 ; c''était avant'.