Voici le dernier livre de l'historien et "intellectuel public" américain Christopher Lasch, dans lequel il propose, dit-il, une critique de l'idéologie du progrès.
En réalité, nous avons droit à une série d'aperçus très intéressants sur les vies et les rêves de différents individus et mouvements sociaux de l'histoire américaine: Ralph Waldo Emerson, les syndicalistes révolutionnaires, Martin Luther King, Theodor Adorno, etc.
Cette discussion n'est pas menée dans un état d'esprit de curiosité érudite pour le passé. Lasch cherche à apprendre non seulement SUR le passé, mais aussi DU passé. Il y plonge pour prendre du recul sur l'image que l'on se faisait, dans les États-Unis de son temps, de l'opposition gauche/droite. Lasch avait une sensibilité de gauche, mais il refusait d'adhérer à toutes les positions supposées être celles de gauche, à une époque où ce dernier camps n'en menait pas large aux États-Unis, y compris parce que les positions de gauche, étrangement, paraissaient parfois émaner d'une élite cosmopolite fortunée coupée des groupes populaires.
La moindre enquête historique sur la question lui donne raison: les frontières de ce qui est de gauche et de droite changent avec le temps. La discussion sur la manière dont il faut chercher à réaliser un monde juste est donc ouverte.
Je ne pense pas trahir Lasch en disant qu'il pensait qu'il fallait dissocier l'image d'un monde juste de celle d'un monde en progrès.
Une critique à l'éditeur : la version originale anglaise de l'ouvrage (
True and Only Heaven: Progress and Its Critics) comprend un important essai bibliographique (p. 533-569), dans lequel Lasch discute des références qui ont nourri sa pensée. L'éditeur de la traduction française a malheureusement décidé de le couper.