En 1986, Tony Iommi, le roi du riff sombre et lourd, l'artisan du Triton, en a marre du Sab, et veut passer à autre chose. Après une absence discographique de 4 quatre ans (le précédent étant
Born Again de 82), Tony veut passer à autre chose. Pour cela, il forme un groupe neuf, sans Geezer, sans Ward, Appice, Dio, Gillan, encore moins Ozzy. Non, rien que du matos neuf. Iommi embauche alors la section rythmique de sa futur ex-compagne, la jolie Lita Ford. C'est donc Dave « the Beast » Spitz à la basse (futur White Lion, Impelliteri, Great White,), et Eric Singer à la batterie (futur Badlands, Alice Cooper, The Cult, Gilby Clarke, Gary Moore, Kuni, Kiss, Avantasia, M. Schenker). Geoff Nichols aux claviers que l'on retrouvait déjà sur Heaven & Hell.
Mais la surprise vient du chanteur. En effet, Tony a arrêté son choix sur Glenn Hughes (ex-Trapeze, Deep-Purple et Hughes & Thrall). Choix un peu étonnant dans le sens où, bien que Glenn soit un chanteur éclectique, ayant tâté du Heavy-rock, du Funk-rock plombé, du Blues-rock, du Hard-FM, d'un Rock ouvragé et raffiné, il n'avait jusqu'alors, jamais approché une terre de riffs aussi lourds et ténébreux.
Initialement conçu pour être le back band de la carrière (ou de la parenthèse) solo de Iommi, le groupe sera tout de même rebaptisé..... Black Sabbath. En fait, il y a une polémique autour de cet album ; il y a une hypothèse qui avancerait qu'il s'agissait bel et bien d'un album solo du métallurgiste de Birmingham (ce que semble corroborer les photos de la pochette originale), mais que la maison de disques avait fait pression pour apposer le nom du célèbre quatuor. D'où, probablement, la curieuse appellation, « Black Sabbath featuring Tony Iommi ».
En tout cas, la marque du Sab' reste incontestablement indélébile. Tony restant fidèle à sa marque de fabrique : des riffs pesants, puissants, graves, distordus, utilisation des power-chords, un son épais (a real wall of sound), des soli incisifs, le tout joué sur une éternelle Gibson SG Standard pour gaucher. Mais c'est un Sabbath mutant. La voix Rock et gorgé de Soul de Hughes tranche, et apporte une nouvelle dimension en incorporant un certain lyrisme, épique, gothique, une mélancolie ombrageuse. Une lumière dans ce paysage obombré. Avec des claviers discrets, dont la présence est principalement justifiée pour épaissir le son.
Après un « In for the Kill » qui déboule tel une charge de chevaliers lourdement paré d'harnois blancs, lances en avants, écus en protection, et leurs destriers flanqués de leur barde, « No Stranger to Love » tranche avec une atmosphère à la fois éthérée, et pesante telle qu'elle peut l'être avant un orage d'été ; des riffs étirés (où l'on sent bien les cordes détendues, l'accordage plus bas qui fit école), des claviers (gothiques ?) qui plantent le décor, et un Hughes impérial. Entre slow-Metal-blues-gothique, progressif-stoner, Hard-blues-Heavy. « Seventh Star » et « In Memory... » sont plus ou moins dans une veine identique, tandis que « Heart like a wheel » enfonce le clou avec un Hard-blues binaire, primaire, typique, si ce n'est que les accords du prête noir gardent une consonance sulfureuse.
« Turn to Stone » est dans la continuité du titre d'ouverture (batterie déchaînée). « Danger Zone » et « Angry heart » sont de purs Classic-Rock.
Mention spéciale à Eric Singer, qui, de part son jeu et sa maîtrise adéquate, se révèle être un socle indestructible soutenant cette cathédrale sombre de « Métal-lourd et bluesy en fusion ».
Par faute de la santé défaillante de Hughes (causé par une addiction qui failli mettre un terme définitif à sa carrière), ainsi que son refus de chanter des anciens titres du Sab, (comme N.I.B.), car trop morbides à son goût, la collaboration sera abrégée dès leur 1ère tournée. Ce qui ne les empêchera pas de collaborer à nouveau, en 96 (
Fuzed et
The Deep Session 96).
Bien que pas toujours totalement apprécié (jamais renié pour autant) par les aficionados du Sab, cet album est parfois considéré par d'autres, comme une des réalisations les plus réussies de Tony Iommi.
Assez court avec 35 minutes (avec peu ou sans pause entre les titres), mais intense et jamais lassant.