Ca commence par un titre shakespearien en diable : L'obscénité et la fureur ; entendre : "Le bruit et la fureur" de Macbeth (ne pas s'étonner de scènes oiseuses évoquant Shakespeare) pour ouvrir habilement ce rockumentaire déjanté. On laisse de côté le marionnettiste McLaren, le politiquement correct Glenn Matlock et le quatrième rôle Paul Cook. Les Pistols, c'étaient Johnny Rotten, Steve Jones et Sid Vicious. Le clown fou à lier, l'ivrogne sans limites et le martyr héroïnomane.
Ce documentaire est une fresque épique sur les deux années les plus violentes et les plus démentielles de toute l'histoire du Rock'n Roll. Le contexte social est bien mis en avant. La mise en scène, libre et nerveuse, convient parfaitement au sujet. Les archives sont géniales, les interviews rétrospectives de Rotten et Jones particulièrement enrichissantes. Il n'y a pas que de la folie et de la violence, mais aussi de l'émotion : Rotten pleurant, à la fin, la mort et la récupération de son ami Vicious, est profondément touchant, surtout de la part d'un individu - et de ses pairs - dont on oublie la part d'humanité à force d'en faire des caricatures esthétiques et nihilistes. Les Pistols étaient plus humains que toutes les petits manipulateurs qui en firent leur commerce.
Un rockumentaire jouissif et salutaire, même pour les réfractaires aux "punk", terme hélas récupéré, galvaudé, commercialisé, écorché puis ridiculisé.