En trente ans de carrière, Gainsbourg n'aura livré qu'une quinzaine d'albums ; c'est plus que Syd Barrett (sic...), mais en dessous des productions de Neil Young , Dylan Zappa et Bowie, . Ces comparaisons totalement gratuites ne sont là que pour servir d'indicateur de quantité.
Car finalement Gainsbourg aura finalement écrit d'avantage pour les autres que pour lui même. Il y a une dizaine d'années une Longbox de 4 cds venait relever les compteurs : le Serge avait également participé à environ 25 BO !
Universal réedite sur le même CD la Bo de Sex Shop (1972) puis Je vous aime ( 1980 ) , tous deux filmés par l'ami Claude Berri . Le contraste entre les deux époques y est saisissant : en 1972, accompagné de JC Vannier, l'arrangeur de "Melody Nelson" privilégie les ambiances sophistiquées et raffinées. "Fontaine des innocents" est sublime de délicatesse et de nostalgie. " Sex radio" commence sur un rythme pop alerte légèrement psychédélique et a sûrement fait partie des chutes de Melody. Le morceau embraye ensuite vers une autre mélodie enjouée façon fête foraine . Gainsbourg qui n'abandonnait jamais une bonne idée a souvent recyclé ses morceaux ; c'est ainsi que "sex radio " annonce le thème qu'il composera pour Blier pour "Tenue de soirée" et qui deviendra enfin " Daddy o " sur l'album de Charlotte .
On trouve sur Sex Shop deux morceaux chantés par le maître : la chanson Eponyme tout en colère contenue par Gaisnbourg sur son thème favori : la souffrance en amour due à l'infidélité conjugale. "La décadanse" de l'aveu même de Gainsbourg visait à rééditer le carton de "Je t'aime moi non plus " avec une mélodie lascive à l'orgue très proche du scandale de 1969 . Qu'importe, le titre est très plaisant, et l'alchimie entre Jane et Serge est là .
Changement d'époque, et donc de musique. l'OST de "Je vous aime" est plus dure. Nous sommes en 1980, Jane est partie et Gainsbourg entame une dépression au dessus du jardin dont il ne se remettra jamais. Encouragé par le groupe Bijou, c'est Gainsbarre qui arpente désormais la scène.
Bijou accompagne Gerard Depardieu sur trois titres pas franchement inoubliables, Depardieu jouant mieux qu'il ne chante... Enfin, ces trois chansons restent agréablement Punk avec des rimes uniquement en "at" sur la "petite Agathe" .
Question textes, Gaisnbourg livre ici le minimum syndical : " La fautive" est une vacherie peu élégante envoyé à Birkin (" la fautive, c'est toi, le mal que tu m'as fait, tu vas payer pour ça»). Une fois joué en instrumental avec un piano noyé dans la reverb' , le morceau retrouve la beauté triste du désespoir Gainsbouresque .
Toujours dans le ton Big band un "Je pense Queue " pochard dont l'unique intérêt réside dans le titre. Enfin, après la marseillaise, Serge reprend "Je vous salue Marie" en reggae avec plus ou moins de bonheur : l'effet de surprise est éventé. Dans "la Décadanse" il déclamait déjà le Notre Père avec plus d'originalité.
Puisque il est question de Dieu, le titre clé reste bien sûr "Dieu est un fumeur de havanes" ; Catherine Deneuve a une voix épouvantable, mais le titre permet Gainsbarre de faire un effort et retrouver la grâce de Gainsbourg. Les clips de l'époque montre un Serge hagard, faisant du grain à cette pauvre Deneuve qui l'éconduit gentiment devant les caméras.
Au final, un disque inégal, contenant sa part de pépites mais déséquilibré par des mélodies aquoibonistes témoignage d'un Gainsbourg en mal d'inspiration.
Le fan s'en moquera éperdument, le prix de l'album étant dérisoire pour le complétiste ! Comme d'habitude, les notes de pochettes de cette édition sont émaillées de belles photos et d'un commentaire pertinent de Stephane Lerouge.