Comprendre l'univers dans lequel ont évolué les Romains est indispensable pour pouvoir comprendre leurs pensées, leurs modes de réflexions, leurs repères moraux, la société. Paul Veyne en grand historien, très attaché à ces principes scientifiques exposés dans "Comment on écrit l'histoire", nous régale dans cet ouvrage didactique.
"Sexe et pouvoir à Rome" est la composition de plusieurs entretiens publiés sur une vingtaine d'années dans le magazine "L'Histoire". Si la sexualité est analysée, elle ne constitue cependant pas l'essentiel de l'ouvrage.
Ainsi, dans la suite de "Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?", Paul Veyne nous dépeint le monde des païens et de leurs dieux, précisant avec justesse que "entre ce que les chrétiens, les juifs et les musulmans (...) entendent par le mot "dieu" et ce que les païens entendaient par là, il n'y a guère que le nom de commun." Je relève plus loin que "Le grand problème de "l'athéisme " antique n'a pas été de savoir si la race des dieux existait, mais si elle s'intéressait aux hommes, et cette question se bornait le plus souvent à se demander si la divination était une réalité ou une rêverie."
Avec talent, Paul Veyne nous explique comment l'univers était représenté chez les Romains (paganisme) : "Dessinons un carré divisé en quatre bandes horizontales, une sorte d'escalier à quatre degrés. La bande inférieure sera le monde inanimé, ou plutôt immobile ; pierres et plantes : le degré au-dessus sera pour les animaux (mortels et non raisonnables); l'avant-dernière marche sera celui des hommes (mortels et raisonnables); le degré le plus haut sera celui des dieux (immortels et raisonnables). (...) Aussi bien, en latin ou en grec, a-t-on souvent intérêt à traduire "divin" par "surhumain".
Le passage intitulé "l'empire romain, c'est la mafia" surprendra d'aise plus d'un lecteur. "Gladiateurs, artistes maudits" vous apprendra que les gladiateurs sont tous des volontaires. L'étude fouillée est riche d'enseignements sur les mécanismes sacrificiels dans la société romaine.
Cet ouvrage prolonge, à mon sens, la très classique et riche étude de Fustel de Coulanges, "La cité antique".
A lire avec délectation.