Le Shôninki est un manuel rédigé en 1681 détaillant les nécessité du mode de vie d'un ninja ou shinobi (selon les provinces). Les shinobis sont des espions particuliers : « des agents employés pour des missions d'espionnage, d'infiltration et de guérilla » (Introduction de Axel Mazuer, p.11). Ils pratiquent l'art de la dissimulation ou de l'invisibilité en plaçant leur cœur sous la lame de l'épée et en acceptant d'endurer toutes les peines et humiliations dut à cette pratique. Elle est décrite ici du point de vue Japonais de l'époque, bien qu'elle soit ancestrale et qu'elle doit beaucoup à la Chine. « On reconnaît […] la mentalité « libertaire » de l'art ninja des origines, mettant en exergue les individualités, par opposition au respect hiérarchique de caste propres aux samuraïs, et faisant en sorte que le système s'adapte à l'élève et non que l'on oblige l'élève à se conformer à un système. » (Introduction de Axel Mazuer, p.33)
Le manuel en lui même est découpé en 4 parties. La première, d'ordre général, les autres plus pratiques.
- La première partie, nous apprend la différence entre le shinobi et le voleur. Bien que le shinobi et le voleur (nusubito) partage des pratiques, le shinobi méprise le voleur qui sont « dénués de toute conscience morale et ne peuvent distinguer le bien du mal. […] Ils ne devraient pas être considéré autrement que comme d'habiles minables. » (Ch. I §2 p.49).
On y découvre aussi, les principes suprêmes ( essentiellement l'exposition de ce a quoi peu contraindre l'engagement dans une telle voie, dont ne jamais revoir les gens qu'ils aiment, ni leurs enfants ).
Les parties pratiques, semble regorger de ce qui pourrait être pris pour des anecdotes ( ce qui en rend la lecture très agréable et facile ), mais qui consiste en fait en des conseils pour le pratiquant. Les exemples et les discours m'ont beaucoup plus dans la mesure ou ils sont tous emprunter à la « nature ». Le pratiquant apprend ses techniques et se renseigne grâce aux loups ( qui peuvent lire dans l'âme ), renard ( qui peu tromper l'humain ), bœufs, chevaux et « oiseaux aquatiques ». Il saura se déplacer sans bruit et sans laisser de trace ( ou alors de faux indices ), se déguiser pour se mêler a n'importe qui, recueillir des renseignements, travailler a plusieurs shinobis, accéder à des lieux élevés ou des précipices, élargir son angle de vue, se protéger contre l'ennemi et identifier ce qu'il ressent. Le tout en contrôlant son cœur et en sachant « lâcher prise ».
APPORTS COMPLÉMENTAIRES :
Le Ninja a eu beaucoup de noms différents qui leur sont reconnus dans différentes régions et à différents moments. Les termes génériques de mawashi-mono (ou Kancho-no-mono), dérivé du verbe mawasu, «faire le tour», et saguri-no-mono, de la saguru verbe «chercher, espion, sonde," ont été utilisés pour désigner des espions. Le terme de ninja ou shinobi (qui est une lecture différente des mêmes idéogrammes) n'a été utilisé que dans certaines provinces.
NOMS DES NINJAS dans les différentes régions du Japon féodal :
- Kyoto / Nara: suppa ou AGED, Ukami, dakko, shinobi, ou shinobu
- Aorimi: hayamchimono, shinobi, ou shinobu
- Myagi: kurohabaki
- Kanagawa: kusa, Kamari, Monomi, rappa, toppa
- Tokyo / Edo: onmitsu, Oniwaban
- Yamanashi: mitsumono, suppa ou AGED, sukinami, denuki
- Aichi: Kyodan
- Fukui: shinobi ou shinobu
- Nigata: nokizura, kyoudou, kikimono-yaku, Kanshi, ou Kansha
- Shiga / Koga: senkunin, senku-no-mono, koga-no-mono, koga shu, ongyo-no-mono
- Mie / Iga: Iga-no-mono, Iga shu, shinobi-no-mono
- Okayama: Fuma kainin
- Yamashiro et Yamato: suppa, dakko, Ukami ou ukagami
- Kai: suppa, mitsu-no-mono
- Echiho et Etchu: nokizaru, Kanshi, kikimono-yaku
- Mutsu / Myagi: kuro-habaki
- Mutsu / Aomori: hayamichi-no-mono, shinobi
- Sagami: kusa, Monomi, rappa
- Echizen et wasaka: shinobi
ÉTYMOLOGIE :
LE SENS DE-JUTSU :
Une des raisons de ce choix est que le ninjutsu mot (ou ninja) n'est pas facile à traduire que cela puisse paraître à première vue. Il n'est guère difficile de déterminer la bonne traduction pour jutsu, ce qui signifie "technique", "art", ou ja, ce qui signifie «celui qui», «individu», «personne» ou «homme».
LE SENS DE NIN- :
Le kanji (caractères chinois) nin possède plusieurs niveaux de sens différents. Au niveau le plus élémentaire, ce mot doit être compris comme signifiant «endurer», «tolérer», «subir», «ténacité» ou «d'endurance». Dans la couche suivante de la signification, le sens de ce mot devient semblable à shinobi: «furtif», «secret», «caché», ou «invisible».
Mais si le kanji pour nin est en panne, il est constitué de la combinaison de deux idéogrammes différents: le tibia kanji ou kokoro, ce qui signifie «esprit» ou «cœur» (au sens symbolique de «l'âme», «courage», «volonté», «sentiments», et ainsi de suite), est placé sous le kanji yaiba, qui signifie «lame» ( et plus spécifiquement la lame de l'épée, le sabre ).
D'autres ont pris cette analyse encore plus loin en cassant le Yaiba kanji en ses composantes d'ha, ce qui signifie «piquer», combinée avec d', ce qui signifie "épée" ensemble, ils signifient la «piqûre de l'épée» plutôt que simplement «lame . "Le résultat a été une pléthore d'interprétations différentes du sens de nin, qui à son tour a servi de tremplin pour trouver une égale variété de significations possibles du mot ou de ninjutsu ninja.
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HISTORIQUE :
Le Shôninki fut rédigé par un maître ninja, Natori Masazumi en 1681. Il constitue l’un des textes fondamentaux de la tradition ninjutsu. Le ninjutsu n’est pas seulement une discipline martiale. Comme tous les arts martiaux, il est aussi une voie d’éveil.
Nous avons souvent une vision très partielle du ninja, véhiculée par le cinéma, la littérature populaire et les mangas. Les ninja furent bel et bien les espions du Japon féodal, héritiers probables de leurs équivalents chinois. On retrouve en effet dans le Shôninki des enseignements présents dans L’Art de la guerre de Sun-tzu.
Le ninjustsu s’est construit au carrefour de diverses influences chinoises et japonaises : taoïsme, bouddhisme Shingon et Tendaï, shugendô, shintoïsme notamment. La doctrine des cinq éléments particulière au taoïsme et qui fonde les arts martiaux chinois est présente dans le Shôninki. Il y eut des liens entre yamabushi et ninja, au moins au début du ninjustsu. Certains aspects occultes, comme les kuji-kiri se retrouvent dans d’autres écoles d’arts martiaux du Japon comme l’école Ken-katori.
Le Shôninki rassemble des enseignements divers : stratégiques, techniques, psychologiques, magiques et spirituels. Comme souvent dans l’enseignement traditionnel japonais, seul l’essentiel est énoncé. Les commentaires sont superflus puisque seule la pratique révèle les principes énoncés. L’enseignement est donc dense, simple mais chargé de conséquences et de profondeur.
« Il existe dans le ninjustsu le principe de sempenbanka qui postule que tout est soumis à d’incessants changements et transformations. L’essence de ce principe ne peut être saisie par la seule étude. (...) Je ne peux expliquer ici le secret de l’âme avec des mots. Pourtant, si le shinobi en obtient la connaissance, celle-ci atteindra sa plénitude dans les quatre directions du ciel, et même repliée sur elle-même, elle trouvera place dans son coeur. Cette connaissance extrêmement importante intègre les mystères naturels de l’univers, les choses les plus inhabituelles, et éclaire de façon extraordinaire le cours du temps. C’est la voie pour tout connaître sans effort. »
Le shinobi est conduit à distinguer entre Connaissance et Principe :
« Ce que l’on appelle Principe est ce qui est permanent. C’est l’essence immuable. Assimiler la Connaissance est certes intéressant, mais cette Connaissance est soumise à d’incessants changements. Par contre, le Principe fondamental n’est pas quantifiable, et quand on l’étudie attentivement, tout devient clair. »
Le shinobi doit apprendre à contrôler son coeur pour accéder au principe, c’est-à-dire, ne pas se laisser entraîner par les sentiments, les préjugés et les représentations :
« Le coeur humain n’a rien de mystérieux. Il est doté des cinq éléments de l’Univers : le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau, qui ne se révèlent que pendant un court instant.
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