L'ombre du vampire retrace la tournage du fameux film muet Nosferatu, tourné par Murnau. Seulement, on découvre ici que Max Schreck, interprète du Nosferatu, serait un véritable vampire, ce qu'ignore l'équipe de tournage, à l'exception de son réalisateur.
L'idée, savoureuse, donne lieu à un film assez allemand dans son genre (logique...) : lumières froides, acteurs désarmants de naturels, tout étant fait pour laisser croire que c'est du vécu et non une fiction.
Les thématiques tournent autour de l'obsession avec un miroir porté entre Muranu et Schreck, tous deux désirant plus que tout au monde atteindre leur objectif. S'en suit un duel psychologique entre les deux homme, aussi fous l'un que l'autre.
Autre point intéressant, celui du cinéma par rapport au vampire. Ainsi, fixer l'image de Schreck sur bobine, c'est fixer la fin d'un monde, celle aussi d'une créature ayant même oubliée quand elle fut conçue. Mais c'est aussi, pour le vampire, une source de fascination comme on le découvre dans cette très belle séquence où il redécouvre le soleil sur un film.
Pour jouer dans un film aussi arty, il fallait de très bons acteurs. C'est le cas ici et tous sont réellement excellents, jouant avec un telle aisance qu'on n'arrive plus à douter d'eux. Murnau est pour sa part incarné par un John Malkovitch intense mais moins crédible que ses camarades car obligé de cabotiner pour montrer l'émergence de la folie dans son personnage. Il n'en reste pas moins excellent... face à lui, Willem Dafoe incarne Schreck. L'acteur aime les personnages au bord de la folie comme le prouve son interprétation du Bouffon Vert dans Spider-Man et ici, il a fort à faire après les exceptionnelles prestations du vrai Schreck et de Klaus Kinski dans le remake de Nosferatu. Autant le dire, sa prestation laisse un goût étrange : Dafoe est remarquable les trois quart du film, jouant avec un intensité magnétisante, mimant le vrai Max Schreck à un point troublant et se laissant aller à des scènes émouvantes. Mais il lui arrive aussi de surjouer au point de tomber dans le grotesque. Un défaut auquel n'échappe pas le film qui prend, par moment, des allures de bouffonnerie comme si le sujet était trop délicat et bouleversant.
Au final, faux film d'horreur, vrai film d'ambiance, intelligent et courageux en cette époque de nanars, L'ombre du vampire s'ingénie, à travers un faux documentaire, à souligner que l'aventure cinématographique et artistique est une aventure violente et immorale. Que la création n'est pas affaire de gentillesse, mais de folie et de malveillance. La figure de Murnau est celle d'un vampire puisqu'il va se nourrir de son équipe pour parvenir à réaliser un film pour lequel il abandonnera humanité et santé mentale. Quant au vrai vampire, il n'est rien d'autre que le reliquat d'un monde perdu, mort et oublié, un ersatz de ce temps où la lumière n'était pas contrôlée par l'homme. Ainsi, sa fin tragique s'avère inévitable : il s'agit de faire fuir les ténèbres pour instaurer le règne ' tout aussi inhumain ' de la technique ; règne que nous subissons pour notre plus grand malheur, comme Martin Heidegger l'avait compris.