Le responsable du mixage de cette musique s’appelle Ron Capone, et cela ne s’invente pas…Cela a été le premier (des films de la blaxploitation, ou le retour à la fierté afro-américaine au cinéma). Et cela a été le plus beau (qui peut résister à l’acteur Richard Roundtree, et à sa moustache, et à sa veste de cuir ?), le plus efficace (qui peut ne pas plier aux injonctions de la guitare wah-wah, aux cordes comme des caresses ?), et le plus vendu (on dira : par palettes entières, de par le monde).
Alors, plutôt que de s’interroger pour savoir si
Shaft (la musique) reste – ou pas – intéressante sans
Shaft (les images), convenons que, si la partition d’Isaac Hayes fait mouche avec autant de pertinence, c’est qu’elle s’avère (au moins) aussi ambitieuse que le film qu’elle soutient. Tempi caoutchouteux, climats hypnotiques, mélodies étirées à l’infini, jazzy pour ceux qui aiment le jazz, funky pour tous les autres, interprétée par les maîtres de la jam sans fin (les Bar-Kays), cette bande originale reste d’une puissance dévastatrice, implacable et fière, ce qui, toutes choses égales par ailleurs, reste le sujet du film.
Ce fut un tube à l’époque de sa sortie, aujourd’hui un standard, et Hayes était alors (de loin) le plus grand musicien noir de la décennie. Cela dit, si on n’aime pas la guitare wah-wah, évidemment…
Shaft se classera en tête des charts de jazz, de musique pop, et de musique noire. Le single
« Theme From Shaft » atteindra le sommet des classements pop, et la…deuxième position de son homologue des musiques noires. Isaac Hayes se verra honoré de trois Grammy Awards (dont celui de la meilleure musique de film, du meilleur arrangement instrumental, et de la meilleure prise de son). Quoi d’autre ? Ah, oui : il obtint l’Oscar de la meilleure musique de film, aussi.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story