Alors, du copié-collé le dernier Collignon? Franchement, je ne le crois pas. "Ouais, mais bon, c'est le répertoire du Miles électrique". So what, et alors? faire la fine bouche? Ce serait carrément idiot. Et faire l'impasse serait plus que regrettable... Cela dit, sur un point, je suis d'accord avec la plupart des chroniques parues sur le net: comparé avec les originaux, y a de quoi être bluffé par tant de connivence avec les versions originales, et ce, à la mesure près... Alors que penser de ce magma davisien? Réussite ou coup médiatique? A mon avis, il faudra du temps pour dire si ce disque passera à la postérité ou non. Pour l'heure, c'est l'un des disques les plus enthousiasmants et des plus jubilatoires qui m'ait été donné d'écouter... La critique semble unanime. Shangri-Tunkashi-La, dont la consonance reste mystérieuse, voire ésotérique, c'est donc le dernier disque de
Méderic Collignon avec son Jus de Bosce, revisitant le répertoire de Bitches Brew et de In A Silent Way de
Miles Davis, qui, comme chacun sait, est l'un des musiciens les plus marquants et les plus influents du XXème siècle... Souvenons-nous, en 1970, sortait
In A Silent Way (enregistré en février 1969) et quelques semaines plus tard,
Bitches Brew (enregistré en août 69...). Deux disques "hénaurmes", deux grosses claques, deux pépites qui allaient révolutionner le monde du jazz. A coup sûr, le sorcier noir allait marquer au fer rouge les esprits de par la magie de sa musique "voodoo", teintée de rock et de guitare slide à la Jimi Hendrix. Pas du goût de tout le monde, et encore moins des puristes, mais qu'importe! les années témoignent de l'universalité de cette musique. Laissons râler les vieux grincheux...
Quarante plus tard, le trompettiste et cornettiste signe un album fleuve qui n'a rien d'un hommage fossilisé ou figé. Et c'est là que je m'interroge. Quelle dose de talent leur a-t-il fallu pour ne pas tomber dans le piège du formatage? Plus de soixante minutes de musique en territoire davisien, avec un tel panache et tant de bonheur, moi, ça me fout en transe... Epaulé de trois musiciens (le remarquable
Frank Woeste aux claviers, le non moins génial
Frédéric Chiffoleau à la basse électrique, et le trop méconnu
Philippe Gleizes à la batterie, auxquels viennent s'ajouter sur quelques thèmes des soufflants: François Bonhomme, Nicolas Chedmail, Philippe Bord, Victor Michaud (tous au cor et tous faisant corps), Méderic livre un disque inouï et carrément enthousiasmant, ça décrasse les vieilles carcasses, ça enlève les scories de votre médiocrité quotidienne, et franchement l'idée de revisiter l'oeuvre du Maître était pour le moins risquée. Sans guitare (étonnant, quand même...) et sans saxophone (là encore, la démarcation avec les originaux est surprenante), le petit orchestre de Méderic Collignon se fait plaisir et nous fait plaisir. Y a un tel JUS là-dedans qu'on en redemande!!!! Alors, bien sûr, on pourra toujours réécouter les thèmes originaux de Miles et de Joe Zawinul. Mais une chose est sûre, en ces temps de rapidité et de consommation effrénée, où les talents s'éclipsent à une vitesse grand V, impossible de bouder cette galette, de ne pas aimer cette musique festive, tant la richesse (Billy Preston), les éclats (Ife), le relecture bien pensée (Shhh, Peaceful/It's about that time) sont à ce point évidents. Considérant aussi la dose d'adrénaline que ce disque vous procure (écouter les versions de Kashmir ou de Mademoiselle Mabry, vous m'en direz des nouvelles), je pense ne pas me tromper en disant qu'il s'agit d'une grande réussite de l'année 2010.