Déesse vivante en Colombie (et l’une des stars latino les plus accomplies avec Jennifer Lopez), Shakira Isabel Mebarak Ripoll ne se résume certainement pas à son extraordinaire capacité en la danse du ventre (l’une de ses spécialités en scène), mais elle est toutefois dotée d’un nombril extrêmement seyant. Cela reste le problème des belles plantes, propulsées sur le marché international comme autant de produits décérébrés, poupées de cire et poupées de son.
Sauf que Shakira, au contraire de la plupart de ses consœurs, playmates ou assimilées, maintient dans ce neuvième album en studio (faisant suite aux triomphaux treize millions de copies écoulées d’
Oral Fixation), un total contrôle de sa production, écrivant – en anglais ou espagnol – les textes de ses chansons, et en en décidant la coloration résolument rock (l’introduction de
« Mon amour » et son délicieux « They say l’amour est né à Paris » conforte ce sentiment, comme un lointain écho aux très riches heures de Joan Jett & the Blackhearts), et hip hop, à l’âpreté inhabituelle en telle circonstance.
Productrice donc de
She Wolf (avec, ici ou là, l’adjonction de The Neptunes ou de Wyclef Jean, ce qui démontre que la chanteuse a du goût), elle y planifie une fois encore sa capacité absolue à décliner les bases conceptuelles d’une dance music efficace, et addictive. Certes (et le clip de la chanson-titre, par ailleurs choisi comme deuxième single, après un
« Loba » en espagnol dans le texte), ne laisse planer aucun doute sur la fièvre érotico-robotique de la dame), Shakira, sensuelle antipodiste, sait parfaitement manipuler les ficelles du désir.
Mais l’album ne se résume pas à une production en carré rose pour adultes : riche d’harmonies modernes en haute technologie (des synthétiseurs et autres filtres de studio comme s’il en pleuvait), le programme déroule un dynamisme de chaque instant (on peut même évoquer un tempo d’enfer), enrichi de ce qui reste la marque de fabrique de l’Américaine du Sud. Les dance-floors s’illuminent en effet plus souvent qu’à leur tour de sonorités extra-occidentales, ondoiements orientaux, rythmiques tropicales, et autres quarts de ton inspirés de la musique asiatique.
On nous promet pour 2010 la version hispanique de l’ensemble : pour l’heure,
She Wolf, efficace, implacable, et sensuel, s’impose comme une réussite absolue du genre.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story