"La Maison de soie" est écrite à la manière extrêmement soignée, un peu "collet monté" (c'est un de ses charmes) de Conan Doyle. Anthony Horowitz connaît parfaitement son modèle, et ses personnages sont fidèles aux originaux. Si Watson s'en écarte très, très légèrement par sa mélancolie profonde et sa sensibilité exacerbée, cela ne le rend que plus attachant et s'explique naturellement: il attend avec sérénité la fin de sa vie, et s'attendrit, tout en gardant la dignité et la retenue du gentleman victorien, sur les êtres qu'il a aimés et perdus: Mary bien sûr et aussi Holmes, dont il ne cache pas à quel point il lui est attaché, et combien il sera heureux de le retrouver.
L'intrigue du roman est absolument captivante. Elle ne comporte pas de temps mort, et la tension dramatique croît au fur et à mesure de la progression de l'histoire, à tel point qu'on arrive difficilement à en interrompre sa lecture. Un individu rôde et laisse craindre une vengeance...un pauvre enfant des rues est assassiné... Holmes bâtit une première hypothèse et enquête...Il ne comprend pas ce que peut bien être la maison de soie, mais Mycroft le conjure d'arrêter là ses recherches, sinon le pire arrivera...Holmes lui-même se retrouve dans une situation périlleuse que je ne peux dévoiler, mais qui donne vraiment le frisson. Puis c'est le tour de Watson...et enfin ils découvrent la maison de soie et neutralisent ceux qui y sévissent, au cours d'une séquence d'action d'une rare intensité.
Mais il n'y a pas que l'action, il y a les tableaux saisissants de Londres à la fin du 19° siècle:la pension sordide de Mme Oldmore, l'école austère où les petits pauvres sont éduqués par charité,le bric à brac du prêteur sur gages, les bas quartiers de Londres en hiver: froid, brouillard, pubs, fumeries d'opium, spectacles de rues à la lumière violente et sinistre des torches, bâtisses en ruines cauchemardesques où guettent les assassins, et surtout la corruption profonde et secrète qui gangrène les milieux les plus huppés.Déjà, le long métrage de Granada intitulé "The Masterblackmailer / Le Maître Chanteur d'Appledore" en donnait un aperçu frappant.
Ce pastiche est une complète réussite, et je me réjouis qu'un auteur tel qu'Horowitz ait accepté de signer la pétition "Donnez un BAFTA posthume à Jeremy Brett (l'excellent Sherlock Holmes de l'excellente série Granada)", clôturée le 31 Octobre.
Mon seul regret, ce sont les assez nombreuses fautes d'impression qui parsèment ce livre si bien écrit. Dommage, il méritait plus de soin.