Les albums des überproducteurs ressemblent aux pages people des magazines : le but avoué de l’opération semble uniquement de figurer sur la photo, dans ses plus beaux atours, pour occuper le devant de l’actualité. Cette fois-ci, le producteur suprême, pour son troisième album sous son nom, réunit le gratin hollywoodien : Justin Timberlake, Brandy, Katy Perry, Daughtry, Nelly Furtado, Jojo, Miley Cyrus, Keri Hilson, The Fray... La liste est effectivement une guest list. Pour pimenter le buzz, on parle aussi de ceux qui sont venus, mais ne sont pas restés assez longtemps pour être sur la photo, quoi de plus classe que d’annoncer que les chansons avec Madonna, Jay-Z, Shakira, Beyoncé, T-Pain, Missy Elliott n’ont pas été retenues (qu’on se rassure, elle ont en général été placées ailleurs) ?
Ce grand bazar offre donc la vacuité inhérente au projet, et comme les pages people, on l’oublie aussitôt qu’on l’écoute. À moins qu’on ne soit révulsé par les sorties de route, telle la peste Disney Miley Cyrus, inaudible quand elle se frotte au R&B electro avec son phrasé nasal country sur
« We Belong to the Music » ! Le premier volume de
Shock Value, en 2007, avait remporté un triomphe platiné, grâce à sa série de hits. Mais ce deuxième volet boursouflé ne vaut que pour son statut de blockbuster, similaire à ces films bourrés d’effets spéciaux, dévalués dès que le suivant débarque avec encore plus de technologie. Il n’est qu’artifice, autotune, beats surchargés, effets de studio, citations, production énorme, mais manque de la matière essentielle, les chansons.
La variété des interprètes empêche la familiarité de s’instaurer, et la présence vocale de Timbaland est bien pauvre (à l’instar d’un P. Diddy dans l’exercice), il rappe évidemment beaucoup moins bien qu’il ne produit, d’ailleurs on a affaire à une série imminente de maxis destinés aux pistes des clubs et aux radios, plus qu’à un album dans sa propre entité. Il y a certes un savoir-faire indéniable, des démonstrations, comme
« Ease Off the Liquor » et ses espagnolades frénétiques, mais tout sonne comme un décor sonore effectivement hollywoodien, c’est-à-dire en 3D. On tendra l’oreille pour entendre la Française SoShy (Deborah Epstein, nouvelle protégée de Timbo), qui voisine avec l’aînée Nelly Furtado sur
« Morning After Dark », le premier single. Le passage rock, qui aligne des chansons successives avec The Fray, les Australiens de Jet, One Republic ou Daughtry est incongru, quand il arrive après cette débauche de R&B electro.
On ressort des 73 minutes de ce
Shock Value II comme d’un fast food américain, nourri, mais en quantité plus qu’en qualité.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story