Après le triomphe aux Etats-unis du précédent album, le fluide
The low spark of the high heeled boys , Traffic a connu une année chargée avec l’annulation d’une tournée pour cause de maladie du chanteur Steve Winwood. Durant ce temps, le batteur parolier Jim Capaldi décide de tenter sa chance en solo. À cette occasion, il invite la rythmique très réputée du studio Muscle Shoals. Steve Winwood qui assiste aux sessions est soufflé par la rythmique si souple et funky de Roger Hawkins le batteur et de David Hood le bassiste. Il décide de les inviter sur le prochain album de Traffic.
Shoot at the fantasy factory est dans la continuité de
The Low Spark of the high heeled boy : D’ailleurs la pochette en biseau est reproduite avec cette fois deux danseurs en costumes des années 30 en apesanteur dans une nuit bleue étoilée. C’est une bonne image de l’évolution perceptible chez Traffic: les climats se font plus incisifs avec une assise funk qui sous-tend tous les morceaux.
Le morceau titre
« Shoot out at the fantasy factory » semble tout droit sorti d’un film de blaxpoitation: une rythmique qui claque, des percussions qui ponctuent chaque rythme et des guitares aux riffs précis. Steve Winwood, une fois de plus, se charge de toutes les guitares de l’album et montre une grande habilité. Le long morceau de quatorze minutes
« Roll light stones » s’apparente fortement à
«The Low Spark of the high heeled boys » par sa construction tout en montées et descentes successives. Le chant plaintif de Steve Winwood et les arabesques de son piano habillent le morceau d’un climat nostalgique qui transparaît aussi sur la très belle ballade
« Evening blue ».
« Evening blue » est une complainte folk qui enveloppe l’auditeur par sa combinaison orgue guitare acoustique: on croirait assister à un coucher de soleil. L’instrumental
«Tragic Magic » permet à Chris Wood de démontrer toutes ses qualités de musicien : le morceau est une sorte de blues orné d’improvisations jazz.
La section de cuivres des Muscle Shoals vient en milieu de chanson épicer l’atmosphère d’un parfum « Nouvelle Orléans ».
« (Sometimes I feel so) uninspired » est le tour de force de l’album sorte de confession pleine de sagesse sur la crise d’inspiration de l’artiste et sur les moyens de la combattre. La démonstration instrumentale qui suit les derniers mots de Jim Capaldi sonne comme une supplique afin que la muse ne s’envole pas.
Shoot out at the fantasy factory a été considéré comme un album mineur par les critiques anglais regrettant que Traffic évolue de plus en plus vers une fusion jazz. Trente-cinq ans après sa sortie, ce balancement incessant entre funk, jazz et pop qu’est la formule de Traffic garde toute sa fraîcheur d’origine.
François Bellion - Copyright 2013 Music Story