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Cinquième opus des Californiens de Eels,
Shootenanny! offre à l'auditeur un résumé pertinent des précédentes étapes du groupe. Les premières mesures laissent penser que les ambiances rock et bancales du précédent album
Souljacker seront à nouveau à l'honneur. C'est le cas. Mais pas seulement. Au fil du disque, se rappellent également à nos bons souvenirs les vibrations folk hautement mélancoliques de
Daisies Of The Galaxy ou la pop mutine et fièrement carrossée qui avait placé Mark Olivier Everett (E) et ses acolytes en orbite dès leur premier essai discographique en 1996 (
Beautiful Freak et son fameux single "Novocaine For The Soul"). Mis en boîte live, en une dizaine de jours et entre amis (Lisa Germano est de la partie),
Shootenanny! fleure bon la recherche de plaisirs simples, quitte à ce que l'on ait parfois l'impression que le pilote automatique a été enclenché. Par contre, quand E affûte ses armes mélodiques, c'est à de véritables petites perles que l'on a droit, portées par une très belle voix, plus rocailleuse qu'à l'accoutumée. "The Good Old Days", "Love Of The Loveless", "Lone Wolf" ou le torturé "Agony" iront sans problème rejoindre les précédents classiques du groupe et font de ce
Shootenanny! un bon cru.
--Fabrice Privé
Critique
Etrange nom pour un album de blues. Ce néologisme barbare – « modification du mot hootenanny » – signifie selon Mark Oliver Everett « un rassemblement social où les participants chantent du folk, parfois dansent, mais surtout tirent ». Plus prosaïquement, le
hootennanny serait au folk outre-Atlantique ce que le jam est au jazz.
Ici, il est question d’une Amérique profonde, loin du bitume et des ruelles sordides de
Souljacker, le précédent opus de Eels. Les chansons parlent de choses simples : des enfants qui attendent le réveil des parents le samedi matin devant la télé (
« Saturday Morning »), d’une ex-petite-amie un peu vulgaire (
« Dirty Girl »), de l’importance de donner de l’amour à ceux qui n’en ont pas (
« Love of the loveless », un hommage à Bob Dylan). Dans
« Fashion award » E règle des comptes avec le show-business et ses prix pédants. Lui qui a réussi à faire « quelque chose de bien » de son Grammy Award (une percussion pour concert) semble encore une fois tourner le dos à la machine à rêve et à ses fictions. Car E reste un loup solitaire, et son
« Lone wolf » éraillé, sobre avec son accompagnement à la guitare sèche, a les accents
deep south de ceux que la vie marque.
La même candeur rugueuse et modeste se retrouve tout au long de l’album dans la musique et les thèmes : les petits miracles de la vie, tout simplement.
Damien Waltisperger - Copyright 2012 Music Story