Fraîchement échappé de Nine Inch Nails, Richard Patrick fonde Filter en 1993 pour enfin évoluer en toute liberté, et c'est tant mieux car le résultat est grandiose. Premier opus d'une longue série (tout comme le line-up, qui subira le caractère difficile du leader poudré...), Short Bus pose les bases du son Filter : un métal avant-gardiste aux sonorités parfois indus et toujours modernes, caractérisé par une inspiration très forte dont ressortent d'excellentes mélodies construites sur des passages en demi-tons de toute beauté, très efficaces, par des basses impressionantes, par les vocaux de R. Patrick écorchés ou clairs, retravaillés électroniquement ou carrément criés, et surtout par l'utilisation des machines, de samples omni-présents mais pas envahissants, qui propulsent l'ensemble dans un univers puissant et atmosphérique.
Restant métal avant tout, l'utilisation de murs de guitares est tout simplement jubilatoire. Les beats, parfois électronisés, parfois pur batterie qui claque, sont tantôt mid-tempo, tantôt lents, rarement violents. Le résultat est en un album visionnaire et extrêmement frappant, dont le fer de lance est le sensationnel Hey man nice Shot, mais qui ne contient par ailleurs que des pépites, en allant jusqu'au très calme So cool.
L'ambiance générale qui se dégage de Short Bus est teintée d'un sentiment de désillusion et de critique de la société, d'un coté sombre (Stuck In Here et son coté épuré mais contagieux) mais pas mou ni négatif. Bref, un sacré pavé dans la mare, qui a réellement marqué le paysage métal en fédérant plusieurs horizons musicaux.
Attention chef d'oeuvre. Je ne saurai trop vous conseiller dans la foulée les excellents Title of Record, The Amalgamut et Anthems For The Damned. Tout simplement génial !