Je ne serai pas long. Les voici :
Le programme d'abord. Trois concertos pour piano, de Shostakovitch, de Liszt et de Prokofiev, qui sont trois monuments de ce répertoire. On peut alors se demander ce qui a présidé à ce choix, ce qui réunit ces trois œuvres. Le titre de l'album en fournit une explication : ce sont des concertos n° 1 pour chacun des compositeurs. Mais c'est en réalité très anecdotique et cela ne signifie même pas que ce sont forcément des œuvres de jeunesse. Si c'est le cas pour Shostakovitch et Prokofiev (le premier avait 26 ans lorsque l'œuvre fut créée, le second 21 ans), ce n'est pas tout à fait vrai pour Liszt qui en entreprit la composition, certes, en 1832, à l'âge de 21 ans, mais ne l'acheva qu'en 1856, à 45 ans. Et quand bien même, cet argument serait un peu faible pour définir un ligne directrice. On voit au contraire qu'il y a une opposition de style, au moins apparente, entre ces trois compositions, et particulièrement entre celles des deux compositeurs russes, d'une part, et celle du compositeur hongrois, d'autre part. Epoques différentes, langages différents, esprits différents.
Pourtant, les points communs ne manquent pas. Ils sont finalement assez visibles entre Shostakovitch et Prokofiev : on retrouve chez chacun d'eux, d'abord, le même goût pour l'innovation, le sarcasme, et le lyrisme (dans les mouvements centraux). Celui de Shostakovitch est seulement un peu plus désespéré que celui de son aîné. Et puis le même goût pour le renouvellement des formes : orchestration originale pour le concerto de Shostakovitch (cordes et trompettes), forme sonate développée non pas sur un mouvement mais sur l'ensemble de l'œuvre pour Prokofiev.
Mais l'innovation on la trouve aussi chez Liszt. La forme est aussi en effet très nouvelle. Plutôt qu'un concerto en trois mouvements bien distincts comme chez Mozart ou Beethoven, Liszt a choisi un découpage en quatre parties qui s'enchaînent, enchaînement que l'on retrouve chez les deux russes d'ailleurs. Et chez Liszt également, malgré l'ambiance très dramatique une certaine ironie, en tout cas, une certaine volonté de provoquer l'auditeur, par la répétition du thème violent de départ (diabolique, dit le livret) tout au long de l'œuvre. Ces trois œuvres incarnent au fond la modernité, chacune à sa manière, chacune par rapport à son époque.
Une autre raison d'aimer ce disque tient à l'excellente interprétation qu'en donne le Gulbenkian orchestra dirigé par Lawrence Foster. On y trouve un bel équilibre des masses, un sens précis du détail, des attaques franches pour les mouvements rapides, toutes les nuances subtiles dans les mouvements lents. Et le tout est servi par une très belle prise de son, dynamique, claire, avec un très bon rendu des graves et des aigus, et un équilibre parfait entre l'orchestre et le piano.
Et précisément, troisième raison d'aimer ce disque, et non la moindre : le jeu éblouissant de la jeune pianiste française, Lise de la Salle. Son jeu est incroyable de virtuosité bien sûr, mais surtout de finesse, de légèreté, de puissance quand il le faut. Et de justesse aussi, en ce sens que, comme l'écrit un autre internaute, elle s'adapte parfaitement à l'esprit bien différent de chacune des œuvres qu'elle s'approprie pourtant. On ne prétendra pas que Lise de la Salle révolutionne totalement l'interprétation de ces trois concertos, mais elle leur apporte beaucoup de fraicheur et nous procure des sensations d'écoute très vivifiante.
L'album date de 2007. Je ne ferai pas semblant en 2011 de lui prédire un bel avenir. Avec son album Liszt (
Liszt) sorti cette année, elle a déjà démontré que son avenir est brillant. Il est difficile d'en dire plus, il faut écouter.