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Commentaires client les plus utiles
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Celibidache dirige Chostakovitch,
Par Denis Urval (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 10 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Shostakovich: Symphonies 1 & 9 (CD)
Le cliché veut que dans sa dernière période, le chef roumain Sergiu Celibidache ait dirigé lentement, très lentement, un répertoire lourd, très lourd. Pour savoir si c''est vrai, ou toujours vrai, on peut écouter les disques tirés des concerts. De préférence les bons.Le couplage est ici parfait de deux symphonies de Chostakovitch, ayant en commun d''être aux antipodes des grandes fresques patriotiques, et qui demandent toutes deux transparence, vivacité, et capacité à crééer des atmosphères. La première (1926) est bien ici le coup d''éclat d''un compositeur de 19 ans qui sait déjà parfaitement ce qu'il veut. Difficile de battre une exécution aussi soignée, pensée, mais aussi enlevée. Je ne savais pas le romantique et opulent Philharmonique de Munich capable d''incarner une musique aussi acide, aussi « années 20 ». Fin saisissante, orchestre chauffé à blanc. La déconcertante Neuvième, pied de nez aux autorités soviétiques qui attendaient une symphonie de la victoire (en 1945), est non moins réussie, si ce n''est encore meilleure, d''une surprenante légèreté. J''ai un bon souvenir d''Efrem Kurtz et de Ferenc Fricsay dans cette oeuvre, mais ceci n''a rien à leur envier. Bois magnifiques dans le second mouvement. Ambiance garantie dans les troisième et quatrième mouvements, ravageurs, hautement corrosifs. Avait-on besoin ici de l''Adagio de Barber ? A mon avis, non, mais puisqu''il est là, il s''écoute, en conclusion d''un disque d''orchestre qui n'est pas banal. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Musicien controversé à cause de sa réappropriation très subjective des oeuvres, alimentée par une philosophie plutôt insondable,
Par Mélomaniac (France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (COMMENTATEUR N° 1)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Shostakovich: Symphonies 1 & 9 (CD)
Entre mysticisme et phénoménologie. « Le monde physique est porté par un monde plus élevé (astral) mais pour voir qu'il existe, ce n'est pas des oreilles qu'il faut mais une conscience aiguisée » déclara-t-il.A quelle aune apprécier son art ? Cette métaphysique sibylline a-t-elle quelque chose à nous apprendre pour le pragmatique Chostakovitch ? Voici quelques impressions d'écoute, confrontées à la partition, aux propos du compositeur, et à l'idée que je me suis forgée de ces deux symphonies. La "Première" sort de la plume d'un jeune étudiant du Conservatoire de Saint Petersburg, pour épater le jury. Il concevait le premier mouvement comme une narration et insistait sur la précision rythmique -remarque d'autant nécessaire qu'il peut sembler erratique. Celibidache le rend plutôt atmosphérique, dans l'esprit d'une ballade. Ainsi laisse-t-il musarder son clarinettiste à 1'48 sans souligner le caractère « plaisantin » que souhaitait l'auteur dans les explications qu'il rédigea en 1927 (et qui contredisent souvent les indications métronomiques primitives). Noire à 129 pour l'irruption ainsi émoussée de l'allegro non troppo (5'02-6'10) : on s'approche du 138 qui amendait le 160 originellement inscrit. Le chef roumain freine aussi le raptus initial du second mouvement (noire à 140 or non moins de 176 selon le compositeur) puis modère corrélativement le meno Mosso qu'introduit rêveusement la flûte à 1'03 : noire à 78 au lieu de 84. Mesure 118 (3'53), il mollit l'explosive fanfare par une tendance au legato. La procession funéraire du Lento convient bien à Celibidache qui y déploie sa profonde connivence avec les ambiances contemplatives, même si certaines nuances dynamiques peuvent se discuter. A 3'46, sa façon de doser le decrescendo des cordes (ff>pp selon le texte) ne leur concède-t-elle encore pas trop de volume pour émanciper la plainte du hautbois ? Entre 5'30-9'06, trompettes et cors excèdent peut-être la nuance f à laquelle ils ajoutent du brio, mais se conforment aux intentions postérieures du compositeur : « très sonore mais sans hurler ». Dans le sillage de ce climax naîtront des estompes magiquement suscitées : à 6'32, notez comment le violoniste immisce une voix frêle et douce. Vers la coda (8'34-9'30), le trompette solo en sourdine s'efface dans le dégradé vraiment subjuguant qu'exhalent flute et clarinette, comme une ultime haleine. Gommant le hiatus généré par le roulement de caisse claire, le maestro coule le Finale dans la continuité spirituelle du mouvement précédent et accumule la puissance plutôt que l'énergie cinétique. Moyennant quelques coquetteries : à 1'48, il libère un Allegro molto papillonnant, s'attarde à ciseler des vétilles (le jeu entre cymbales et clarinette), et escamote le tempo requis (noire à 130 au lieu de 208). A 7'02, noire à 42, soit un tiers plus lent que dans la partition originale : le violoncelliste délite la cantilène qui en devient un morne thrène. Semblable retenue inhibe l'essor des trombonistes dans le Piu mosso (10'04) qui s'achemine poussivement vers une conclusion martelée en force. Pour la "Neuvième", Celibidache s'éprend de classicisme : trace à la règle et au compas et propose de cet antimilitariste opus une des lectures les plus harmonieuses que j'aie entendues. L'étoffe charnue de la Philharmonie munichoise est un baume : sonorité pleine, veloutée, qui respire sainement et diffuse un charme d'essence viennoise qui situe cette symphonie dans l'héritage schubertien. Ne vous laissez pas abuser par la durée globale du premier mouvement : on n'y joue point vite mais cela s'explique par l'éviction de la reprise à 1'27 (cela nous mêne directement à la mesure 87). Le ton revendique néanmoins une pertinente causticité : ce violon pincé à 3'12. La clarinette rancit également son timbre au début du Moderato qui parait alors judicieusement amer. On se délectera de la plasticité instrumentale que Celibidache malaxe dans le Presto : par exemple le geste très large du timbalier. Dommage qu'un tromboniste commette un flagrant faux départ à la mesure 66 (1'20) -l'occasion de rappeler que nous vivons la spontanéité d'un concert. Autre surprise, mais préméditée : dans le Largo, un clash remplace un coup de baguette sur la cymbale (0'24, 1'44). Le Finale démarre commodément (noire à 83 au lieu de 100) mais affiche une étonnante discipline. Notez comment la mélodie s'engrène sur le mécanique tic-tac des hautbois à 1'52. L'art du ritenuto, les manoeuvres à suspense du chef font merveille dans cet exorde dilatoire. La trame s'épaissit ensuite progressivement sans déroger à une exactitude horlogère que les pizzicati du simo animato (4'30) ne viendront pas perturber. Le maestro organise une implacable construction, jusqu'à une parade (5'23) d'artillerie lourde : un défilé grandiloquent qu'interrompt le fulgurant Allegro final (mesure 337, 6'25). Celibidache y précipite son orchestre dans une célérité qui s'expose à la confusion (triangle, cymbales, archets peinent à se coordonner). Mais ce panache est dûment applaudi. Interprétations hors-norme mais fascinantes. Superbement enregistrées par les micros : beaucoup de relief et de réalisme. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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